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4 minutes de lecture - Iphigénie

Analyse d'Iphigénie

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De l’exposition au dénouement

Dans cette pièce, l’exposition est condensée en une seule scène qui permet, malgré la présence de seulement deux personnages, de dévoiler aux spectateurs tous les tenants essentiels de l’intrigue. Le premier vers « Oui, c’est Agamemnon, c’est ton roi qui t’éveille » lance l’action : le roi lui-même vient réveiller son sujet, cela marque l’importance de l’affaire. Agamemnon est présenté comme un personnage hésitant et en conflit intérieur entre son devoir de roi et son devoir de père. Ulysse apparaît, dans les propos d’Agamemnon, en opposition à son image traditionnelle héroïque, comme un guerrier vaillant mais beau parleur qui le manipule à sa guise et convainc le cœur d’un père de sacrifier sa fille pour partir en guerre. De plus, on apprend les liens amoureux qui unissent Achille et Iphigénie, mais aussi combien le jeune homme est impatient de partir pour Troie sans savoir que son amour en sera le prix. L'évocation d’Eriphile met en place le triangle amoureux entre ces trois personnages et la jalousie de cette dernière qui se révélera décisive pour l’intrigue principale.

A l’instar de l’exposition, le dénouement est concentré dans la dernière scène, et rassemble uniquement deux personnages : Ulysse et Clytemnestre qui croit encore que sa fille a été sacrifiée. Il lui apprend comment elle a été sauvée par un deus ex machina : Diane révélant à la dernière minute, à travers les paroles de Calchas qu’Eriphile est du sang d’Hélène et c’est elle qui doit être sacrifiée. Il a été reproché à Racine la maladresse de cette résolution. Cette révélation ne peut pas être devinée par le lecteur, car c’est Agamemnon qui parle du sacrifice au début, et étant obsédé par la mort de sa fille, il ne précise pas que la requête divine demande le sang d’Hélène. Tout au long de la pièce, le spectateur croit donc qu’Iphigénie est la seule victime possible. De plus, Racine s'éloigne ainsi de l’histoire originale où la mort d’Iphigénie conclut le mythe. D’autre part, ce dénouement est complet. Aucune victime innocente ne périra : seule Eriphile emportée par ses passions finit par être punie. Le sacrifice ayant été fait, la guerre de Troie aura bien lieu ; Iphigénie vivante, son mariage avec Achille sera célébré.

La réponse de forme entre les deux scènes qui encadrent la pièce témoigne de l’aboutissement de l’œuvre.

Une pièce éminemment classique

Iphigénie est une tragédie classique, l’unité de lieu est donc respectée et le décor est antique. Le lieu en lui-même profère d’ailleurs une atmosphère épique. La pièce en effet se passe dans un camp de soldats à Aulis. C’est un port avec une flotte militaire qui attend des vents favorables. Cependant, ce n’est pas un exactement un décor habituel pour une tragédie classique, lesquelles se passent le plus souvent dans des palais, ce qu’ingénieusement Racine met en exergue à travers les paroles d’Agamemnon à la scène 1 de l’acte III : « Vous n’êtes point ici dans le palais d’Atrée ». Quelque part, cela renforce le tragique et appuie la vraisemblance inhérente à la Poétique d’Aristote aux origines de la tragédie classique. D’un autre côté, on note une opposition dans le choix même du lieu. Il s’agit d’un campement avec des tentes, c’est un lieu surveillé dont on ne peut s’échapper facilement, ce qu’Iphigénie tentera. Pourtant, le campement a été dressé en face de la mer qui est un espace infini, ouvert. Cette opposition est à l’image de la pièce où Agamemnon est en perpétuelle hésitation et plonge ainsi le spectateur dans un doute permanent quant à l’issue de la tragédie.

Par ailleurs, l’unité de temps est également respectée et est utilisée pour exalter le tragique. La pièce débute aux aurores, ce qu’on apprend lorsqu’Agamemnon désespère que le jour se lève dans la scène première. Les personnages persistent rarement d’une scène à l’autre. Cette distinction entre les groupes de personnages donne une impression d’enchevêtrement voire de simultanéité, ce qui comprime également le déroulement du temps.

Enfin, au cours des actes, le spectateur est tenté de penser qu’Iphigénie peut être sauvée : les différents moyens mis en œuvre par Agamemnon pour permettre à sa fille de s’éloigner du camp, de Calchas et de l’autel où elle devrait être sacrifiée laissent penser qu’elle va y survivre. Cependant, les échecs qui couronnent ces tentatives désespérées d’un père s’inscrivent bien dans la tragédie classique. Il s’agit là de renforcer la supériorité de la fatalité du destin contre lequel on ne peut rien faire.