Le petit lecteur

3 minutes de lecture - Inconnu à cette adresse

Analyse de Inconnu à cette adresse

⚠️ Acheter le livre sur Amazon (lien affilié) : Inconnu à cette adresse ⚠️

Inconnu à cette adresse est un récit écrit sous forme d’un échange épistolaire par Katerine Kressmann Taylor en 1938 avant même le début de la seconde guerre mondiale.

Cette nouvelle conte l’histoire de Max, juif américain, et Martin, son ami et collaborateur de toujours qui repart vivre en Allemagne en 1932 alors que le nazisme monte. Leur correspondance met en avant la plongée en avant de Martin dans l’antisémitisme malgré sa profonde amitié pour Max.

Inconnu à cette adresse est une nouvelle qui a connut à sa sortie aux Etats Unis en 1938 un succès énorme malgré une forme tout à fait particulière. Loin d’une intrigue narrative compliquée où l’on parle à la troisième personne, la nouvelle ne se constitue ici que de 19 lettres qui font l’aller et le retour entre Max et Martin. Ni plus ni moins que 19 lettres qui demandent donc un effort particulier de la part du lecteur qui ne possède ainsi pas toutes les informations propres au contexte. Toutefois, cela suffit très largement à tout comprendre de l’histoire. Le procédé se révèle même être tout à fait approprié. L’histoire racontant comment Max souffre de l’antisémitisme naissant de Martin, de la situation de Griselle, nous faire vivre cette injustice à la première personne en renforce d’autant plus le coté dramatique.

Bien qu’écrite en 1938, Inconnu à cette adresse est principalement une nouvelle historique. L’intrigue se situe entre 1932 et 1934. C’est une période charnière en Europe qui voit l’avènement au pouvoir d’Hitler, de l’Anschluss, de la montée de l’antisémitisme. Bien que la nouvelle n’ait pas le recul propre au roman historique, elle place les éléments dans un contexte immédiat. Or c’est ce contexte immédiat qui dessine les grandes lignes des origines de la seconde guerre mondiale. L’antisémitisme de Martin n’est que le reflet de l’Allemagne de l’époque tandis que l’incompréhension de Max est le reflet de la mauvaise compréhension des évènements des pays extérieurs.

Au delà du contexte historique pur, l’un des éléments les plus passionnants à lire est bien cette façon dont la vie des deux personnages est conditionné par l’Histoire dans laquelle ils vivent. Martin est allemand mais à un ami juif. Il n’est pas question d’antisémitisme pour lui tant qu’il n’est pas en Allemagne. Il change de camp et voit ses idées évoluer au fur et à mesure que les évènements historiques se dessinent. Du côté de Max, il n’est nullement fait mention au début d’une quelconque violence. Il n’est question que d’amitié durable et profonde. Max ne comprends pas les propos de Martin vis à vis de sa religion et croit à un subterfuge pour ne pas souffrir de la montée généralisée de l’antisémitisme en Allemagne. Martin lui répond qu’il n’en est rien. C’est la mort de Griselle, que Martin ne défend pas, qui permet de mettre en avant la scission définitive entre les deux hommes. C’est alors que Max cherche à prendre sa vengeance de Martin et qu’il met au point un plan visant à le piéger. Ce piège est du reste du ressort lui-même de l’histoire car il utilise la méfiance qui soude le peuple, symbolisée par la police nazi, pour faire passer Martin du mauvais côté. La nouvelle se termine par la mention Inconnu à cette adresse. Fidèle au principe du récit épistolaire, on ne sait pas précisement l’évenement qui fait que Martin ne répond pas. Peu importe dans le fond puisque l’on comprend que le piège de Max s’est refermé sur Martin, alors même qu’il avait tout du parfait défenseur des thèses antisémites.

La puissance de l’écriture de l’auteur se mesure dans ca capacité à décrire les évènements au minimum, à les suggérer. Cette technique donne d’autant plus de force à la violence des faits auxquels est confronté Max.