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5 minutes de lecture - Phèdre

Etude des personnages de Phèdre

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Racine a décidé de créer un personnage des plus complets et poétiques dans le domaine du théâtre. Effectivement, Phèdre n’est pas elle même victime de la fatalité comme l’ont pu l’être d’autres personnage de tragédie (comme Antigone par exemple).

Le personnage de Phèdre

Les autres tragédies touchent souvent une victime soupçonnée de crimes odieux à tord. Il est vrai que Phèdre est touchée par une fatalité car consciente de la faute qu’elle a commise. Manquant de vertu et peu résistante, elle cherche elle même à se punir. L’enseignement semble donc évident. Les solitaires de Port-Royal ont réagi suite à la lecture de cette tragédie. Ils ont alors accordé leur pardon à leur ancien disciple. Racine a mis ce qu’il avait de plus raisonnable sur scène.

Ce rôle théâtral est l’un des plus beaux et des plus profonds. La notion de fatalisme est alors revisitée. Très présente chez les modernes et les anciens, il a donné une nouvelle dimension à cette notion. Racine est sans aucun doute le seul à s’être lancé dans un rôle aussi délicat. Il peut être comparé à un rôle crée par Shakespeare (Macbeth) dans un contexte plus moderne. C’est le malheur qui va pousser les personnages à la tragédie. Racine a donné à Phèdre un caractère plus attachant que celui qu’elle possède dans les anciennes tragédies. Effectivement, il a décidé d’enlever les accusations de Phèdre en ce qui concerne Hippolyte afin de les remplacer par celles de la nourrice. Il souhaite donner un rôle plus attachant et plus profond à son personnage.

La fatalité semble irrésistible mais le personnage intéresse par son authenticité. Il convient de préciser également que Racine a également changé des traits de caractères d’Hippolyte. Les anciens l’avait dessiné comme un véritable philosophe sans imperfection. Il reprend cependant les scènes de Thésée avec son fils, la déclaration d’amour de Phèdre ou encore la mort d’Hippolyte. Dans l’Euripide ce n’est pas la Phèdre elle même qui déclare sa femme mais la nourrice. Racine s’est donc inspiré de la tragédie de Sénèque pour la rédaction des aveux de Phèdre, qu’elle réalise elle même à Hippolyte. Le fait qu’Hippolyte soit descendu aux enfers, ou encore que l’épée d’Hippolyte soit un témoignage contre lui-même, vient également de la tragédie de Sénèque.

En effet, ces passages sont plus profond que dans la version d’Euripide, qui, par exemple, fait référence à une lettre injurieuse. Racine s’est également inspiré de Racine pour la confession finale du crime de Phèdre, qui apprend l’innocence d’Hippolyte à Thésée avant de sombrer. Enfin, Racine a reprit la version de Virgile en ce qui concerne Aricie, dont Hippolyte a eu un fils.

Il est certain que l’acte ou Thésée apprend la mort de son fils a fait couler beaucoup d’encre. Certains en ont fait l’éloge alors que d’autres l’ont vivement critiqué. Racine s’est en effet improvisé poète pour cette scène qui, concrètement semble réussie. Elle constitue l’un des plus belles scènes dans le domaine de la poésie descriptive française et peut être considérée comme un franc succès. Racine a fait le maximum pour gommer les erreurs précédemment commises par les auteurs. Il a alors créé un rôle sublime et émouvant. Voltaire a même considéré ne pas être à la hauteur.

La scène où Phèdre est désespérée par le fait d’avoir une rivale est pleine de poésie. Racine a fait preuve d’un talent hors du commun. Les vers se veulent complètement subtils et réfléchis.

S’intéresser aux enjeux de la pièce Phèdre

Racine a décidé d’évoquer la punition qui va être la conséquence de chaque erreur dans sa préface. Sa pièce cherche à montrer les différentes facettes du crime. En effet, la pièce parle de passions qui sont à l’origine de vices, se révélant par la suite fatales. Son exposé montre le vice sous toutes ses formes. Racine choisit de répondre aux nombreuses accusations qu’il est possible de recevoir. Molière avait fait de même dans l’une de ses pièces de théâtre. C’est la vertu qui est donc mise en avant en développant les effets qu’un vice peut entraîner. Il cause un désordre irrémédiable qui se révèle souvent fatal. Racine a alors affirmé que le vice est partout dans la pièce et fait haïr la difformité.

Dans cette pièce, Phèdre est dépeinte comme une femme sensée, qui est consciente d’avoir fauté. Les dieux sont continuellement présent. Leur rôle est de punir les personnes immorales, et déshonorées. Ainsi, la nourrice partage la culpabilité avec l’héroïne car elle réalise de fausses accusations délibérément et incite Phèdre à mentir. Phèdre renonce rapidement, elle avoue ses tords.

En réalité, Phèdre est détruite par une passion intense. Cette dernière peut être considéré comme un vrai maladie, aussi bien du corps que de l’âme. Celle-ci va mener à sa perte. Racine évoque précisément les effets de cette passion, en affirmant par exemple, que c’est la « folie » qui s’empare de Phèdre. Elle-même emploie ce terme quand elle s’adresse au fils du roi. L’héroïne va jusqu’à comparer son amour interdit à un empoisonnement. C’est justement comme cela qu’elle décide de mettre fin à ses jours. Effectivement, elle a recourt à un poison fourni par Médée. Ce symbole est primordial, car c’est donc le poison qui représente ici la passion qui va l’achever et non l’épée des monstres. En y regardant de plus près, de nombreux philosophes avaient décrit la passion comme étant une réelle maladie. Ce sont principalement les stoïciens qui avaient évoqués cette idée, tel que Sénèque.

Ainsi, Racine a su réaliser une oeuvre incomparable avec une parfaite maîtrise de l’alexandrin, une rigueur sans égal et une analyse approfondie. Phèdre est un véritable modèle en matière de tragédie classique française.