Le petit lecteur

4 minutes de lecture - Un coeur simple

Analyse d'Un coeur simple

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Dans une période de doute

Gustave Flaubert, lorsqu’il écrit “un cœur simple”, est en proie à des difficultés personnelles et professionnelles. En 1876, il est en écriture de ce qui deviendra un de ses chefs-d’oeuvre : " Bouvard et Pécuchet”. Il écrit d’autre part un triptyque dans lequel apparait ce texte. Ces contes vont lui autoriser une respiration dans cette période compliquée pour lui.

Une histoire simple

Dans la Normandie du XIXème siècle, Flaubert invite ses lecteurs à découvrir Félicité, une servante de cinquante ans, dévouée à la famille chez laquelle elle officie. Ce n’est pas juste son existence de domestique que conte l’auteur, mais une vie de femme avec ses joies, ses peines, ses désillusions. Tout au long du récit, cette femme va montrer un attachement profond aux enfants de Mme Aubain, pour laquelle elle travaille. Paul et Virginie vont être choyés par Félicité, jusqu'à ce que les études les éloignent de la maison, au grand dam de la domestique. Elle va ensuite reporter toute son affection sur son neveu Victor, qui aura la mauvaise idée de disparaitre lors d’un voyage au long cours, avant que ne décède Virginie. Tout l’univers de la servante s’effondre alors. Victor avait rapporté d’un de ses périples un perroquet, Loulou, qu’il a laissé en garde à sa tante. Celle-ci, souffrant d’une grande solitude, s’est occupée de l’oiseau comme d’un enfant. Tant et si bien que lorsque le volatile meurt, quelques temps après que Félicité soit devenue sourde à la suite d’une angine, c’est un nouveau cataclysme qui s’abat sur elle. Sa patronne disparait alors, la laissant toute seule dans cette grande maison qui ne cesse de se délabrer. Félicité va alors se tourner vers la foi, qui va provoquer chez elle, à son dernier souffle, l’apparition du Saint-Esprit sous la forme d’un gigantesque perroquet.

Une étude sociologique bien ficelée

Au travers des péripéties de la vie de Félicité, Gustave Flaubert tient à dépeindre une société où la beauté d’une personne n’est pas forcément le trait de son caractère le plus remarquable. Madame Aubain, bourgeoise déchue de Pont-L'évêque, héberge sous son toit un modèle de gentillesse, en la personne de sa servante. Celle-ci s'évertue à faire rutiler le luxe d’une demeure qui part en décrépitude. On découvre également que c’est une déception amoureuse qui la fait entrer au service de sa patronne, à l'âge de 18 ans. Tout l’amour que la domestique a dans le cœur, elle va le donner aux enfants. Elle va considérer Paul et Virginie comme ses propres petits. Félicité voue à cette famille qui l’a recueillie, quand elle était au comble du désespoir, une reconnaissance infinie. Elle veille sur tous ses membres comme s’il s’agissait de sa propre lignée. Diverses aventures vont se produire, tout au long du récit, qui vont démontrer, si besoin était, l’attachement de Félicité aux enfants. Le départ de Paul va bouleverser la servante, qui va alors se consacrer entièrement à Virginie. C’est en conduisant la demoiselle au catéchisme que Félicité va découvrir la foi. Mais bientôt, la jeune fille part étudier chez les Ursulines, à Honfleur. Un déchirement pour la domestique qui a tant besoin de s’occuper de quelqu’un pour exister. Alors, elle va prendre sous sa protection son neveu Victor, un aventurier, un grand voyageur qui ne reviendra pas d’un de ses nombreux périples. Et puis ce sera au tour de Loulou, le perroquet de Victor, puis Mme Aubain de s’en aller pour de bon.

Chronique d’une vie pas si ordinaire dans Un coeur simple

Finalement, à force de voir la mort frapper autour d’elle, Félicité s’est retrouvée seule. Elle s’est alors tournée vers le seul espoir qui lui restait : la foi. La servante va se réfugier dans la prière comme si cela pouvait constituer un abri indestructible pour la protéger. Peu à peu, isolée du monde par une surdité qui empirait de jour en jour, Félicité a fini par glisser dans une agonie qui l’a emportée. Son amour des autres lui a fait vivre une belle existence, à la fin de laquelle elle s’est retrouvée désespérément seule. A tel point que sa dernière vision aura été un perroquet démesuré pour symboliser le Saint-Esprit. Au fond, cette domestique a donné tellement d’amour à ceux qui l’entouraient qu’elle souhaitait simplement être accueillie au paradis. Pour y retrouver, elle en était certaine, tous ceux qu’elle avait si humainement accompagnés.