Le petit lecteur

4 minutes de lecture - Ruy Blas

Analyse de l'action dans Ruy Blas

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Victor Hugo se serait inspiré de Jean Jacques Rousseau et de ses “Confessions” pour écrire Ruy Blas. L’idée qu’un simple valet puisse être épris d’une reine, n’est donc pas une intrigue authentique. Le personnage de Ruy Blas n’a cependant pas toute la profondeur et la psychologie qu’a Rousseau dans son autobiographie. Ruy Blas n’est qu’un personnage littéraire qui correspond qu'à un des caractères du genre littéraire de son époque.

Ruy Blas est une pièce à action, fait de nombreux rebondissements. L’intrigue de départ est simple et repose sur les sentiments amoureux du laquais pour sa reine. En cela on peut la qualifier de sobre. Puis d’autres intrigues s’imbriquent pour créer des actions bien ficelées. La plupart sont peu vraisemblables, mais elles sont originales. On peut noter une gradation dans le déroulement des actions dans cette pièce.

Victor Hugo arrive a créer une pièce d’aventure qui échappe aux écueils spécifiques du genre. Il évite ainsi les excès de diversions. Le suspens débute au commencement de la première scène et se poursuit jusqu'à la fin. La dénouement de la pièce est frappante. Victor Hugo a avoué lui même avoir priviliégé, je cite: “un effet de gradation plutôt que d'étonnement”. Donc l’action et les différentes intrigues se mettent en place petit à petit, au fil des scènes, pour se dénouer en chaîne au dernier acte.

L’action est mélodramatique. Tout au long de la pièce, une menace plane, celle de la haine obsédante de Don Salluste. Ce personnage, l’archétype du méchant, poursuit inlassablement au long des scènes, sa vengeance à l’encontre de la reine. Cela donne un tempo implacablement rythmé par les agissements de Don Salluste, dans les différents actes de la pièce. Ruy Blas n’est que le moyen pour lui d’assurer son sombre dessein. La beauté du drame amoureux est mise en relief. L’action prend d’abord un tour romantique, puis émouvant et enfin impossible. L’histoire d’un valet épris d’un reine a une dimension romesque et tragique par l’impossibilité d’une telle union. On tend cependant au fil des scènes vers le grotesque et le tragique. Ruy Blas s’engage inconscient vers un sort absurde. Son personnage cherche à se sublimer, en oubliant sa condition de laquet pour s’abandonner dans des rêves utopiques.

Victor Hugo a voulu faire de “Ruy Blas”, une parfaite illustration d’un mélange des genres théatrales. On passe donc aisément dans cette pièce d’un ton tragique à un ton comique. A l’acte II par exemple, la gaieté de la suivante de la reine Casilda, est en parfaite contradiction avec l’ennui mortel qui règne sur la cour. La camerara mayor et Don Guritan semblent agir comme des automates loin de toute joie de vivre.

De nombreux imprévus viennent rythmés la scène, pour redonner un second souffle à l’action entre les différents protagonistes. Ainsi à l’acte IV, Don César crée la surprise en revenant à l’improviste. Cela provoque un effet comique et enrichit l’intrigue première. Il est mis en avant pendant presque tout l’acte. Ses bouffonneries permettent aux spectateurs de se divertir. L’intrigue est comme suspendu. L’action n’en est pas pour autant oubliée mais déviée dans une joie burlesque. Don César entre ne scène magistralement par la cheminée, la scène est pour lui un endroit inespéré pour festoyer. Il trouve sur la table un pâté délicieux et un vin succulent. Il reçoit par la suite un monceau d’or et l’assurance qu’une mystérieuse dame l’attend à un rendez vous qu’il croit galant. Ce déferlement de circonstances inattendues, crée un effet comique, et relance de nouvelle intrigues.

À la scène 5, on offre aux spectateur un duel. Belliqueux, il est heureux de se battre et de faire sonner son épée. Ce combat voulu est en plus envenimé d’un quiproquo. Les deux personnages sont donc totalement cocasses dans cette scène. L’absurdité de l’affrontement fait son effet, renforcé par le malentendu. La dignité bafouée de Don Guritan n’est pas distancé par l’humour. La gouaille et le bagou de don César produit également un effet comique et donne une dimension burlesque à la scène.