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4 minutes de lecture - Une vie

Analyse d'Une vie de Guy de Maupassant

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“Une vie” ou “L’humble vérité” est le premier roman de Guy de Maupassant. Paru en 1883, il rencontre un grand succès et 25 000 exemplaires sont vendus en moins d’un an.

C’est le portrait réaliste, et donc sans complaisance, de Jeanne, une jeune fille de bonne famille qui voit la vie la transformer peu à peu. Fraîche jeune fille bien éduquée, elle perd peu à peu pied et sombre dans la folie.

Si on creuse dans le passé de Guy de Maupassant, on ne peut que voir les similitudes entre la vie de son héroïne et celle de sa mère, elle-même malade psychologiquement.

Guy de Maupassant aborde dans ce roman un sujet qui lui est cher : la vie des femmes au XIXe siècle. Élevé uniquement par sa mère, il est touché par le combat que les femmes doivent mener pour vivre dignement et être respectées. A travers la vie de Jeanne, il montre les aléas que doivent subir les femmes et comment elles s’en sortent puisque finalement, Jeanne trouve la paix de l'âme et la rédemption dans les soins qu’elle prodigue à l’enfant que son fils Paul a avec une prostituée.

Dès le début, Maupassant veut détacher son héroïne des conventions sociales de l'époque qui enferment la femme dans une sorte de second rôle perpétuel. Il la libère, lui fait vivre le coup de foudre, faisant fi du mariage arrangé encore très en vogue à ce moment là. Elle épousera l’homme qu’elle aime… Même si, au final, celui-ci se révèle être le plus grand goujat imaginable. Maupassant n’est pas homme à se laisser aller au romantisme, trop éloigné de la réalité. Ce qu’il veut lui, c’est montrer la réalité dans toute sa dureté, quitte à verser dans le pessimisme, ce qu’il fait avec Jeanne. Le mariage de cette dernière échoue lamentablement.

Le rôle d'épouse, dans lequel la femme du XIXe siècle doit s'épanouir, est un sacré raté pour Jeanne. Il en sera de même pour le rôle de mère. Son premier accouchement n’est que douleur et l’enfant, Paul, un prématuré souffreteux qui ne lui apportera aucune satisfaction. Le deuxième enfant qu’elle aura mourra à la naissance, le même jour que son père, l'époux volage. L’amour avec lequel elle abreuve son enfant est étouffant, envahissant. Maupassant pourrait faire le portrait de la relation qu’il a avec sa mère, on ne verrait pas la différence. Les deux femmes ont l’amour pathologique, intoxiqué par les maladies psychiques dont elles souffrent.

Si Maupassant s’en est bien sorti, devenant riche et célèbre, reconnu par ses pairs, il n’en est pas de même pour Paul, le fils de Jeanne, qui déçoit toujours par ses échecs et son comportement envers sa mère. Maupassant a pu vouloir exorciser un destin hypothétique et montrer par là comme il est difficile pour une femme seule d'élever un enfant et de le mener sur le chemin de la réussite quand elle n’a aucun soutien.

L’auteur de “Une vie” a fait une partie de sa scolarité dans une institution ecclésiastique. Là-bas, il se rebelle et fait les quatre cents coups, au point de se faire renvoyer. Il garde de son passage dans cette école une aversion pour la religion. A travers les abbés Picot et Tolbiac, il dépeint une Église fanatique, extrémiste et un peu lâche. L’abbé Picot, bien que débonnaire, préfère fermer les yeux sur certains agissements. Il a abandonné le sermonnage de ses paroissiens à tout-va mais cette passivité reste négative pour Maupassant. En fermant les yeux sur les mauvais côtés des croyants, il oublie de rouvrir les yeux pour les guider sur le chemin de la foi, les laissant seuls.

Quand à l’abbé Tolbiac, il est l’incarnation de la religion qui écrase tout sur son passage, même l’humanité, oubliant que la religion doit tout à l’homme. Il est l’exact opposé de l’abbé Pivot : il ne laisse rien passer, allant jusqu'à tuer une chienne qui met bas sous les yeux des enfants qui n’y voient là que l’œuvre de la nature. Il met Dieu avant tout, même avant ses paroissiens. Jeanne est également une victime de cette religion puisque sa vie semble commencer à sa sortie du couvent. Elle en sort pleine d’optimisme et de rêves, sauf qu’au fil des jours qui passent, sa vie se délite.

La religion l’a trop préservée du monde extérieur et ne l’a pas préparée aux aléas que tout un chacun peut rencontrer. Il n’est pas étonnant que Jeanne mène cette vie puisqu’elle n’avait tout simplement pas les armes pour se défendre face à la dure réalité du monde extérieur.

Guy de Maupassant est un auteur du courant naturaliste. Cette œuvre en est le parfait exemple. “Une vie” n’est pas là pour nous conter une jolie histoire mais plutôt pour nous confronter à la dure réalité de la France du XIXe siècle pour une femme.