Le petit lecteur

3 minutes de lecture - Pierre et Jean

Analyse de Pierre et Jean

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La question que nous nous poserons sera la suivante : est-ce que l’incipit de “Pierre et Jean” remplit ses fonctions ?

Tout d’abord, on peut remarquer qu’il s’agit d’un incipit “in medias res”. Cela signifie que nous rentrons directement au sein de l’histoire. Cela se remarque notamment par l’interjection “Zut !” qui ouvre la nouvelle. L’attention du lecteur est donc d’emblée sollicitée. On remarque également que l’oeuvre s’ouvre sur un dialogue au présent. De même, les personnages sont d’ores et déjà en action. Tous ces éléments concourent à nous faire dire qu’il s’agit bel et bien d’un incipit “in medias res”.

Par ailleurs, on dénote une très forte alternance entre le récit rapporté et les dialogues des personnages. Les paroles au style direct jonchent le récit. Mais, à quoi servent ces paroles ? L’enjeu est primordial. En effet, ces paroles au style direct rendent particulièrement vivant le récit. En outre, cela confère un fort réalisme à l’action qui se déroule sous les yeux du lecteur. Le présent et le langage familier ont également ce but. Plus encore, les dialogues sont un moyen détourné pour nous faire rencontrer les personnages de l’oeuvre. Ici, ce ne sont pas des adjectifs qui qualifient la personnalité d’un personnage mais ses dires. Le dialogue est donc un prétexte à la narration. En fonction de la façon dont parle un personnage, on découvre sa personnalité.

Qui plus est, le narrateur adopte une posture omnisciente. Cela signifie qu’il sait tout : le passé, le présent et même le futur des personnages. Grâce à ce dernier, de nombreux indices sur le contexte familial nous sont dévoilés. Des indices concernant la future intrigue principale sont également dissimulés.

Rappelons que l’incipit a pour rôle de donner les différents indicateurs spatio-temporels afin de permettre au lecteur de situer l’action et l’intrigue principale. C’est précisément ce qui est fait dans cet incipit. On apprend donc que les personnages se trouvent en pleine partie de pêche. Mais ces éléments sont donnés progressivement. Ainsi, grâce au champ lexical de la mer, notamment. Cependant, on remarque qu’un certain flou temporel est laissé volontairement. De ce fait, aucune heure précise n’est donnée mais on mentionne l’expression “depuis midi”.

Le thème de la mer n’ouvre pas de façon anodine l’oeuvre de “Pierre et Jean”. En effet, il est primordial à la nouvelle. Au fur et à mesure, la mer jouera même le rôle d’un personnage à part entière.

Les prémices du caractère de Monsieur et Madame Rolland apparaissent d’ores et déjà. Le mari semble colérique et quelque peu radin alors que la femme semble sensible bien que nerveuse.

Quant aux deux frères, Pierre et Jean, ils sont explicitement mentionnés mais peu de traits de caractère apparaissent pour l’instant. Ainsi, à ce stade de la nouvelle, ils sont encore difficilement différentiables. Un seul indice les sépare : le fait qu’une femme serait éprise d’un des deux jeunes frères. C’est là le seul élément qui permet de les considérer chacun de leur côté.

L’incipit de “Pierre et Jean” remplit donc bel et bien ses fonctions mais fait aussi preuve d’une certaine modernité. De ce fait, il répond aux questions principales que le lecteur est en droit de se poser : qui ? Quand ? Où ? Quoi ? Cependant, l’intrigue est encore timidement dissimulée et, finalement, les deux protagonistes sont relayées discrètement au rand d’arrière-plan. Des éléments secondaires apparaissent quant à eux dès le début. C’est le cas de la thématique de la mer qui englobe la totalité de l’oeuvre. De plus, par le biais du dialogue, Guy de Maupassant introduit une nouvelle façon de présenter ses personnages et celui renforce la modernité de son incipit. Les dialogues le rendent attractif, vivant.