Le petit lecteur

5 minutes de lecture - Les liaisons dangereuses

Analyse des liaisons dangereuses

⚠️ Acheter le livre sur Amazon (lien affilié) : Les liaisons dangereuses ⚠️

Publié en 1782 et écrit par Choderlos de Laclos, les Liaisons Dangereuses constituent une œuvre majeure du XVIIIème siècle, unique en la matière, puisqu’il s’agit d’un romain épistolaire (l’intrigue se construit et se déroule au fur et à mesure de lettres que s’envoient les différents protagonistes). Cette œuvre, qui est une source de réflexion sur de nombreux sujets délicats, fut l’objet de nombreuses adaptations cinématographiques.

Le roman épistolaire

L’intrigue met en scène deux principaux personnages, la marquise de Merteuil et le comte de Valmont, qui seront tous deux les bourreaux des autres personnages, qu’il s’agisse de Madame de Tourvel, le chevalier Danceny ou bien la jeune Cécile de Volanges.

L’élément majeur de cette œuvre littéraire est le fait que ce soit un roman épistolaire : l’échange de lettres entre les protagonistes créé une certaine proximité avec lecteur, lui donnant l’impression qu’il s’agit de témoignages authentiques. Chaque personnage est laissé à l’appréciation du lecteur, qui va prendre part, ou non, aux différentes actions. Ce type d’écriture est particulièrement novateur pour l’époque, dans un contexte où les Lumières placent l’homme au centre des préoccupations : ici, pas de narrateur, rien que des lettres, signées (ce qui est à nouveau gage d’authenticité).

On assiste donc à un entrelacement des différents protagonistes : entre dominants et dominés, il n’y a qu’un pas. Ce sont les forts contre les faibles, les plus séducteurs contre les plus pieux, l’expérience contre la jeunesse, les hommes contre les femmes. Ce roman épistolaire est donc l’occasion de constater un certain nombre de dualismes, d’analyser les relations de pouvoirs entre les différents personnages.

Des notions récurrentes : le libertinage, la morale, la vengeance

A la lecture de cette œuvre, trois grandes notions en découlent : le libertinage d’abord, auquel nous pourrions ajouter l’idée de passion (particulièrement prégnante dans les lettres, notamment celles de Madame de Tourvel, qui cherche à lutter désespérément contre ses envies).

L’autre notion importante serait celle de la morale, puisque c’est toute la visée de l’œuvre : Choderlos de Laclos, au travers de cette œuvre, décrit non seulement les mœurs de l’époque, mais aussi les condamne, au vu de la fin tragique des différents personnages. Toujours concernant la morale, on retrouve beaucoup l’aspect religieux, ce qui créé un véritable décalage avec les manipulations et les mensonges des deux libertins. On voit s’opposer le mensonge à la vérité, les passions à la raison de l’esprit.

Enfin, l’idée de vengeance est plutôt récurrente, notamment lorsqu’il s’agit de Madame de Merteuil, femme mûre, expérimentée, qui cherche à montrer le pouvoir du sexe dit faible sur les hommes en matière de séduction. Cette dernière considère toute entreprise de séduction comme étant une « guerre », l’amour étant une « bataille », que seule une personne peut remporter. L’idée de vengeance est directement reliée à celle d’amour : c’est à ses dépens que chaque personnage va en apprendre sur ses véritables motivations et sentiments.

Ce roman s’apparente donc à un jeu de séduction, opposant les libertins à leurs « victimes », puisque ces mêmes personnages sont non seulement victimes des libertins (incarnés par Merteuil et Valmont) mais aussi de leurs propres pulsions (Madame de Tourvel, Cécile de Volanges qui « bénéficie » de cours particuliers, donnés par Valmont).

Le jeu des masques/rôles : la société est un théâtre

Ce jeu entre les personnages est d’autant plus prégnant dans les adaptations cinématographiques, puisque l’on se représente mieux les interactions, les échanges implicites (avec les regards notamment). Le jeu de rôles reprend cette opposition dominants/dominés que nous évoquions un peu plus haut : les « maîtres du jeu », qui sont Merteuil et Valmont, sont en fait à la fin ceux qui en pâtissent, ceux qui souffrent, Valmont d’avoir torturé Madame de Tourvel puis d’avoir été blessé mortellement lors d’un duel, et Merteuil, d’avoir perdu sa réputation en société en plus d’avoir été défigurée par la petite vérole.

Il est important de relier à ce jeu de masques, de rôles, la notion de secret : en effet, les lettres ont un caractère tout à fait personnel, malgré tout, elles peuvent être lues par n’importe qui, tout comme Madame de Volanges qui s’approprie le courrier que s’envoie sa fille et le chevalier Danceny, ou bien tout comme Valmont qui parvient à lire le courrier de Madame de Tourvel. Si le secret est révélé, alors les jeux n’ont plus lieu d’être : c’est ce qui arrive à la fin, lorsque la correspondance entre Valmont et Merteuil est révélée. Il s’agit là d’une notion prédominante.

Enfin, l’évocation des lieux publics se fait à diverses reprises, comme le théâtre « là où il faut être vu », c’est d’ailleurs là que les gens se regardent, voire même s’observent. Le final de l’adaptation cinématographique de Stephen Frears (1988) est d’ailleurs tout à fait révélateur : en société, tout n’est question que d’apparences (image et réputation à assurer dans les lieux de rencontres) et donc de secrets.

Au final, l’amour est un jeu auquel tout le monde perd, jusqu’à en mourir. De même, le roman, écrit sous forme de lettres, permet au lecteur d’apprécier toute la saveur des différentes interventions, d’apprécier l’ironie des situations, d’apprécier toute l’envergure et toute la majesté des personnages, qu’ils soient libertins ou victimes. La stratégie fonctionne à merveille, puisqu’elle amène le lecteur à s’identifier et à prendre part à l’intrigue : d’ailleurs, chaque lettre constitue un témoignage relativement subjectif, puisqu’il émane des personnages eux-mêmes. Le lecteur est donc contraint d’être sans cesse sur ses gardes, jusqu’au dénouement final (mort de Valmont, destruction de la réputation de Merteuil).