Le petit lecteur

4 minutes de lecture - Le Rouge et le Noir

Analyse de Le Rouge et le Noir

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Le Rouge et le Noir est un titre assez étrange. Il y a pourtant des clés tout au long du roman pour comprendre cette énigme. Il faut aussi replacer l’œuvre dans le contexte de son époque pour comprendre pourquoi Stendhal a choisi ce titre. Le jeune héros pense qu’à travers l’église et l’armée, il lui est possible de dominer le monde. Le rouge fait référence au rouge sang de l’uniforme. Le noir est celui de l’église, le noir de la soutane. Il y a aussi un langage des couleurs. Le rouge a toujours symbolisé la violence de la passion. Dans certaines cultures, le noir est la couleur du deuil, mais elle est aussi celle de l’absolu.

L’absolu est ce que recherche à tout prix le jeune Julien Sorel, la mort est ce qu’il va finir par trouver sur son chemin. Sept années auparavant, une chronique intitulée le Rose et le Vert avait été publiée. Dans le Rouge et le Noir, différentes classes sociales s’opposent. Julien est un parvenu, mais il garde une part de rébellion tapie en lui. Il doit se battre dans une société qui stagne. Cette société est gangrénée par l’hypocrisie ambiante où la pratique religieuse n’a rien à voir avec la spiritualité mais plus avec le rituel social vidé de substance. Le Rouge et le Noir a tous les ingrédients d’un roman réaliste. C’était le souhait de Stendhal quand il s’est attelé à cette tâche. Il s’est inspiré des de la tristement célèbre affaire Berthet. Antoine Berthet est l’archétype de Julien.

Le Rouge et le Noir est un roman complexe où se chevauchent les circonvolutions stylistiques. Tout semble fonctionner selon un principe binaire. Il y a les deux liaisons, les lettres qui stoppent nettes les machinations amoureuses de Julien. Il y a aussi cette dichotomie entre la Province et Paris. Il y a beaucoup de scènes qui en rappellent d’autres. La prémonition est un effet qui est utilisé de manière récurrente par Stendhal. Par exemple, Mathilde est en deuil. Le nom de Louis Jenrel est visiblement un anagramme du nom du héros. Cela aussi a valeur de prémonition. Son aïeul a été décapité, et Julien ne va pas manquer de l’être également. Le narrateur est omniscient et intrusif à souhait. Il y a énormément de monologues intérieurs qui permettent au lecteur de découvrir les personnages d’une manière intimiste et complète. Tout cela crée une sorte de réalisme qui fait néanmoins la part belle à la subjectivité. On voit que Julien est un personnage complexe qui garde une certaine part de dualité. Il est à l’image du roman. Son ambition amoureuse est mue par son désir cuisant d’ascension sociale.

L’une n’existe pas sans l’autre. S’il va jusqu’au meurtre, ce n’est que pour assouvir son désir de puissance et celui, intrinsèque de changer sa condition. Julien n’aime pas les femmes. Il ne voit en elles qu’un moyen d’assouvir son ambition et ses désirs d’homme. Pourtant il est bien plus que ce paysan qui se révolte contre la bassesse de sa condition. Il incarne un certain machiavélisme, mais dans l’acception première du terme. La fin justifie les moyens. Il ne recule devant rien. Il est bien trop talentueux pour demeurer dans sa classe sociale et bien trop fier pour se contenter de ce que la société veut lui offrir. Il doit transgresser pour s’élever. Les deux femmes qui forment le destin de Julien, Mathilde et Mme de Rênal sont en fait les deux faces d’une même médaille. Mathilde est aussi orgueilleuse que Julien. Mme de Rênal est l’archétype de la femme aimante. Avec le regard moderne, on pourrait la qualifier de cougar au cœur tendre et à la sincérité désarmante, mais ce serait anachronique. C’est la femme qui offre ses faveurs pour amour et pour rien d’autre. L’ascendance que son confesseur exerce sur elle est déterminante dans la perte de Julien et malgré tout Mme de Rênal veut demeurer fidèle à son amant jusque dans la mort et au-delà.