Le petit lecteur

5 minutes de lecture - Germinal

Analyse de Germinal

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Germinal est le roman d’Émile Zola le plus lu et le plus adapté au cinéma et à la télévision. Publié en 1885, il constitue le treizième volet du cycle des Rougon-Macquart. A l’instar de Balzac et sa Comédie Humaine, Zola prend une photographie des conditions de vie des différentes classes sociales qui composent son époque en utilisant des personnages clés.

Avec Germinal, il dépeint un monde souterrain où les hommes, longtemps terrés et écrasés par la misère, se dressent contre les inégalités sociales et le capitalisme. Il expose dans ce décor minier, comme dans un tableau de maître, les difficultés et les injustices subies par le monde ouvrier, la révolte qu’elles engendrent et comme l'évoque le titre, l’espoir qu’elles font naître malgré tout. Germinal est le septième mois du calendrier républicain dont le début correspond à l’arrivée du printemps, le 21 mars, avec ses connotations de renouveau et d’espoir de jours meilleurs.

Les personnages clés

Le roman se décompose en sept parties tout au long desquelles on assiste à l'évolution de la fronde anticapitaliste au travers des personnages clés dans un environnement lugubre.

Étienne Lantier

Le roman débute par l’arrivée d’Étienne Lantier, fils de Gervaise Macquart (voir l’Assommoir), ancien machineur d’une compagnie de chemins de fer. Il a été licencié pour avoir giflé un patron. Il arrive en pleine nuit à la fosse du Voreux pour y trouver du travail et se fait engager à la mine comme haveur (mineur chargé d’abattre le charbon). Il devient au cours du récit le chef de file des mineurs en grève. Épris de justice sociale, il arrive à faire passer de nouvelles idées venues de l’Est pour balayer la bourgeoisie méprisante, bien loin de s’imaginer que la trahison pourrait venir d’un de ses semblables. Anti-héros absolu, il ne cherche pas à nourrir sa propre gloire et c’est avec désintéressement qu’il emmène ses compagnons d’infortune vers ce qui lui semble être une lutte juste et digne.

Toussaint Maheu

La famille Maheu habite le coron des Deux-Cent-Quarante. Lorsque l’aîné de leurs sept enfants se marie et quitte la maison, Maheu et sa femme accueillent Lantier. Bon ouvrier, Maheu n’a jamais vécu de confrontation ouverte avec ses chefs. Il joue le rôle important de médiateur entre les mineurs et les propriétaires de l’exploitation. A l'écoute de Lantier, il combat jusqu'à la mort les inégalités sociales dont les familles de mineurs pâtissent.

Antoine Chaval

Antoine Chaval est à l’opposé de Lantier. Leur première rencontre, décrite dans le premier chapitre de la première partie du roman, prédit aisément ce qui va en découler. Parjure, calomniateur, jaloux, traite, il ira jusqu'à accepter de devenir le chef d’ouvriers étrangers embauchés pour remplacer les mineurs en grève. A la solde des patrons, il ne voit que son intérêt personnel aux dépends de l’intérêt

général. Il est la faille dans le plan de bataille des ouvriers. Lantier le tue d’un coup de pierre sur la tête.

Souvarine

Citoyen Russe réfugié en France, anarchiste extrémiste, il faut selon lui, tout détruire pour mieux reconstruire et clame que la « Terre sera lavée par le sang, purifiée par l’incendie ». Il a de longues discussions politiques avec Lantier.

Monsieur Hennebeau et Madame Hennebeau

Monsieur Hennebeau est le directeur de la mine. Plus soucieux de son bien-être que des conditions de travail des ouvriers, il méprise la grève et accueille la délégation emmenée par Maheu avec sarcasme. Il ironise la situation, et bien qu’apparaissant par la suite comme souvent dépassé par les événements, sa situation ne sera jamais menacée. Totalement insensible à la misère des mineurs, la mère de cette famille bourgeoise et malsaine, Madame Hennebeau, va jusqu'à faire visiter les corons à des amis parisiens comme si il s’agissait d’un vulgaire zoo, ne laissant qu’aux malheureux le spectacle de son opulence. La loi du plus fort semble avoir toujours raison.

Les ingrédients de la lutte des classes

Ces personnages centraux sont tous un élément de la recette qui amène à la lutte. D’un côté, les opprimés qui vivent des conditions de travail ne leur servant qu'à mourir de faim, de l’autre, les détenteurs du pouvoir et de l’argent. Au centre, se trouvent les mécontents qui décident de quitter le Voreux pour œuvrer à la mine Jean-Bart, et le traître, Chaval, opportuniste par excellence, qui ne reculera devant rien.

La misère et la faim

Le point de départ de la révolte vient bien du fait que les mineurs, malgré leur travail, n’arrivent pas à subvenir aux besoins alimentaires de leurs familles. Ils travaillent dur et gagne de moins en moins d’argent. La pauvreté engendre la famine et parfois même la mort. Alzire, fille de Toussaint Maheu périt par manque de nourriture. La situation devient insupportable, intolérable, et lorsque chacun n’a plus rien à perdre, sinon la vie elle-même, la lutte pour la survie n’a plus de limites.

Le pouvoir et l’argent

Ici représentés par la famille Hennebeau, le pouvoir et l’argent ne rendent pas enclin à l'écoute des classes « inférieures ». Ceux qui ne manquent de rien jouissent pleinement de la vie sans pour autant faire preuve de compassion active envers les plus démunis. Si le mépris n’est pas de l’indifférence, il n’en alimente pas moins la haine de ceux qui manquent de tout envers ce qui possèdent bien plus qu’il n’en faut pour vivre.

La trahison

Dans Germinal, Zola expose deux types de trahison. La trahison passive des ouvriers qui refuseront de suivre Lantier mais qui se contenteront d’aller travailler ailleurs, et la trahison active personnifiée par Chaval. Ce dernier n’aspire qu'à une chose : l’accession au pouvoir. Il se laisse corrompre et accepte de saborder la gréve en contrepartie d’un poste de chef. Chaval quitte le Voreux et se rend à la fosse Jean-Bart pour y travailler. Il revient dans la sixième partie du roman à la tête de douze travailleurs belges appelés les « Borains ». Cette ultime félonie entraîne la révolte finale qui se termine dans un bain de sang. Plusieurs mineurs, dont Maheu, perdent la vie.

Arrivé seul, Lantier repartira seul. Les mineurs ont beaucoup perdu et ont fini par reprendre le travail. Mais loin de se sentir vaincu, Lantier poursuit son chemin vers Paris, plein d’ambition et avec le sentiment que « la germination allait bientôt faire éclater la terre », quel que soit le prix à payer.