Le petit lecteur

3 minutes de lecture - Britannicus

Analyse de Britannicus

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‘’Britannicus’’, sombre tragédie de Racine, tranche par sa gravité par rapport à la précédente , ‘’Andromaque’’, qui se caractérise par sa légèreté, ses héros sympathiques et son dénouement heureux. “Britannicus” est une tragédie politique romaine. Une tragédie du pouvoir, qui décrit la naissance du “monstre” .

Racine voulut-il surprendre? Peut-être, irrité par la critique, voulait-il oublier la galanterie au profit de la description de la violence violence d’un homme tyrannique et concupiscent.

Mais après avoir séduit la cour, les gens du monde et les femmes avec ‘’Alexandre’’ et ‘’Andromaque’’, Racine désirait en réalité rallier les intellectuels et les fidèles de Corneille, qui avaient souligné dans ces oeuvres la galanterie excessive, la falsification historique ainsi que le sujet superficiel. Corneille avait trouvé “Andromaque” fade et insignifiant. Piqué au vif, Racine choisit donc de changer son “fusil d'épaule” en composant sur un tout autre registre.

A ce moment, Racine est âgé de trente ans, Corneille de soixante. Corneille se trouve être le maître incontesté de la tragédie et Racine, que l’on n’imaginait capable d’écrire que des oeuvres à caractère amoureux, va écrire Britannicus, tragédie politique romaine et affronter, sinon battre Corneille sur son terrain de prédilection.

Racine écrivit, dans la seconde préface de Britannicus: “Voici une tragédie que je puis dire que j’ai le plus travaillée.” Selon Corneille, l’action tragique comportait plusieurs volets et secondaires : conflits de pouvoir, vengeance et amour se déroulent parallèlement et simultanément sur plusieurs niveaux. Racine a donc dû composer une intrigue plus complexe. C’est pourquoi il porte son choix sur un sujet historique et politique, on ne peut plus sérieux, directement inspiré de Tacite. Britannicus met en scène des rivalités passionnelles, celles de frères ennemis, opposant droit du sang et droit de la loi. Il s’agit également d’une grande question politique sur la lutte pour le pouvoir. Qui sera maître de I’empire : Néron, Agrippine ou même Britannicus ?

Point de légèreté, une violence brutale, et deux tempéraments forts, caractères inspirés de Néron et d’Agrippine également avides de pouvoir.

Dans Britannicus, Racine ne compose pas pour autant une tragédie cornélienne. Il va au contraire se démarquer tout à fait du style de son aîné. Ce qu’il choisit de mettre en avant en situant l’action à Rome, c’est bien moins I’héroïsme que la monstruosité.

Dans ’Cinna’’, Corneille, avait décrit la transformation d’un tyran (Auguste) en héros préférant la grandeur de la clémence au cycle de la vengeance. ‘’Britannicus’’ est tout le contraire : d’abord un empereur juste, Néron se transforme peu à peu en tyran monstrueux et fait empoisonner son rival, pourtant héritier légitime du pouvoir. Racine nous dépeint, avec ‘’Britannicus’’, des êtres torturés par les passions qui s’entredéchirent par soif de puissance. C’est tout l’opposé des héros de Corneille.

Néron abuse de son pouvoir jusque dans l’intimité puisqu’il impose son amour à Junie, en faisant une victime impuissante et condamnée à souffrir en silence. Il éprouve une jouissance perverse à assister à la souffrance les autres.

En même temps, si Néron se conduit en maître absolu qui régne sur la vie des autres, il trouve peut-être ainsi un dérivatif à sa propre souffrance : la tyrannie de son amour à laquelle il est esclave.

L’inversion des caractères chez Racine, par rapport à ceux de Corneille, trouve certainement aussi son origine dans la dimension historique. Lorsque parut Cinna, en 1642, la tendance était de croire en I'être humain et à sa capacité héroïque de maîtriser ses passions, renonçant ainsi à la violence et à la vengeance.

En 1669, en revanche, il en allait tout autrement. Et pour cause : la monarchie absolue de Louis XIV, imposait au public une vision exempte de grands idéaux et d’actes héroïques pour favoriser davantage I’expression et I’analyse des sentiments.