Le petit lecteur

3 minutes de lecture - No et moi

Analyse de No et moi

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Paru en 2007, No et moi est un roman de Delphine de Vigan qui a obtenu le prix des libraires avant de connaître une adaptation cinématographique réalisée par Zabou Breitman.

Ce livre est une rencontre extraordinaire entre deux jeunes filles, deux errances que tout oppose, leur histoire d’amitié et la prise en considération du drame social des SDF. Lou Bertignac est une jeune surdouée asociale qui vit dans une famille déchirée par la mort prématurée d’un enfant. La mère est dévastée et refuse la vie tandis que le père joue à aller bien à longueur de journée.

Lou rencontre No, No rencontre Lou.

No est une adolescente SDF pleine de fêlures et abîmée par la vie. Alcoolique, elle symbolise le désespoir d’une jeunesse qui ne trouve pas sa place dans une société “normale”.

Leur rencontre renforce d’entrée l’opposition entre les deux jeunes filles, leur différence de niveau de vie et d'éducation les renvoie à leur condition respective. Pourtant, les failles de chacune vont les rapprocher inexorablement. Lou a une vie de famille très compliquée : “Ma mère ne sort plus de chez moi depuis des années et mon père pleure en cachette”. De plus, sa précocité intellectuelle l’isole du reste de ses camarades qui l’ostracise à l’image de No qui est rejetée par la société.

Le choix du prénom No n’est pas anodin car il représente la négation. La négation de l’individu et de la différence qui rend l’homme absolument détestable.

Lou a du mal à s’exprimer en public et elle confie à No sa passion pour les les objets ramassés dans la rue, bizarres, cassés, qu’elle collectionne. Ils symbolisent sa fragilité et sa difficulté à exister.

Parallèlement, Lou prend en pleine face la réalité des SDF qu’elle découvre avec stupeur.

“il y a entre 200 000 et 300 000 personnes sans domicile fixe, 40% sont des femmes (…). Et parmi les SDF âgés de 16 à 18 ans, la proportion de femmes atteint 70 %. » écrit-elle dans son exposé. Petit à petit, Lou va comprendre l’engrenage qui mène des jeunes filles à vivre dans la rue et elle l’analyse avec le prisme de son histoire personnelle.

A l’image de No, elle a des soucis avec ses parents et elle se rend compte à quel point tout peut basculer rapidement. Elle l’a personnellement vécue lorsque sa mère a perdu le bébé et qu’elle a plongé mentalement se dégradant jour après jour sans arriver à sortir de ce naufrage. Cette mère transformée en objet muet fait écho à la mère de No qui l’a abandonnée. Elles partagent cette souffrance et cet abandon.

No raconte l’horreur de sa vie quotidienne avec la violence, le froid et la faim, les allers et retours pour éviter d’attraper la mort. Elle prend la présence de Lou comme un cadeau.

Lorsque Lou, la surdouée, décide de prendre No à la maison pour lui donner un hébergement définitif, un véritable miracle se produit. Devant la détresse de la jeune SDF, la mère de Lou redonne enfin un sens à sa vie. Elle sort de son isolement et reprend pied fermant définitivement la page de la mort de son enfant.

Cette reconstruction voire cette renaissance est superbe et renvoie pour le première fois à No une ‘image positive et constructive de sa propre personnalité. Chacune existant dans le regard de l’autre, elles finissent par et pour exister par elles même.

No va pourtant finir par se refermer et se mettre à boire de nouveau de l’alcool pour finir par disparaître définitivement. Delphine de Vigan sous entend que le déterminisme social est une machine implacable et que la résilience n’est pas toujours possible.