Le petit lecteur

4 minutes de lecture - Micromégas

Analyse de Micromégas

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Voltaire a écrit Micromégas en 1752, presque vingt-cinq ans après Les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift, et les deux œuvres présentent des similitudes évidentes. Toutefois, le conte de Voltaire, composé uniquement de dix-neuf pages et de sept chapitres, se veut plus explicitement une œuvre à portée philosophique dans l’esprit des Lumières. À cet égard, les multiples références philosophiques rendent l’objectif de Voltaire particulièrement évident. On notera également que les thématiques abordées dans cette nouvelle seront à nouveau traitées par l’auteur, quelques années plus tard avec “le rêve de Platon”. Le ton de l'œuvre est satirique, ce que l’on retrouve classiquement chez Voltaire, notamment dans ses premiers écrits fantastiques.

de MicromégasL’intrigue.

D’un point de vue narratif, le conte met en perspective deux êtres venus d’autres univers et le monde terrestre tel que nous le connaissons. Micromégas, le personnage principal, est issu d’une planète en orbite autour de Sirius. Sa planète est, comme il le décrit lui-même, 21,6 millions de fois supérieure à la circonférence de la Terre. En toute logique, Micromégas est un géant de « vingt-quatre mille pas de la tête aux pieds ». Dans le référentiel de temps terrestre, son âge en fait une personne vieillissante (450 ans), mais il demeure encore un enfant pour les Siriens. Sur sa planète, après avoir écrit un livre sur les insectes qui, selon lui, sont trop petits pour être vus à l'œil nu, idée qui est considérée comme hérétique dans le système sirien, il fut condamné à un bannissement de 800 ans. Dans son long voyage, il se rend sur Saturne où il rencontre le secrétaire de l’Académie de Saturne, qui est seulement un tiers de sa taille, un « nain » aux yeux du Sirien.

Ensemble, ils comparent leurs vies et leurs planètes avant de décider de visiter différents astres en se rapprochant du soleil. Sur Terre, les deux compagnons font le tour de notre planète en seulement trente-six heures, et Micromégas déclare qu’il s’est à peine mouillé les pieds en traversant les océans. Ils se demandent si une vie peut exister sur Terre, pour finalement découvrir une baleine, puis un bateau plein d'êtres humains. Ils concluent rapidement que de si petits êtres ne peuvent avoir ni intelligence ni âme.

Cependant, ils écoutent les sons provenant de ces humains et se rendent compte de leur erreur. L’histoire se poursuit par un débat philosophique sur les idées d’Aristote, de Descartes, de Malebranche et de Leibniz avec l'équipage du navire. Cela aboutit finalement à l'écriture d’un livre qui expliquera la nature de tout, et donc il deviendra inutile de débattre de ces idées. Le livre est présenté à l’Académie des Sciences à Paris, et une fois ouvert, ne contient que des pages blanches.

Une nouvelle faussement naïve

La forme quelque peu naïve de la nouvelle et le caractère imaginaire des personnages ne cachent pas véritablement les intentions premières de Voltaire pour qui le conte philosophique constitue avant tout un moyen efficace de diffuser ses idées. La relativité des grandeurs ou des échelles de temps dont l’auteur s’amuse abondamment, reflète sans doute une vision critique des hiérarchies sociales établies au XVIIIe siècle. De même, l’opposition entre les théories non-académiques issues de l’esprit libre qu’est Micromégas et les autorités religieuses qui ont causé son bannissement, ne sera pas sans rappeler le combat de Voltaire contre l’obscurantisme religieux de son époque. Par ailleurs, tout au long du récit, on retrouve de façon très appuyée les valeurs fondamentales de la philosophie des Lumières.

Un chef d'œuvre de science fiction

D’un point de vue plus moderne, Micromégas peut être analysé comme une œuvre de science fiction à part entière. Le thème de l’extraterrestre venu d’un autre système solaire est un grand classique du genre. Par ailleurs, l’incroyable des personnages et l’anormalité des situations ne s’expliquent pas par la magie, mais bel et bien par la science et par la logique si chère à Voltaire. Quelles que soient les erreurs commises et les lacunes scientifiques, la démarche conceptuelle est déjà mise en place.