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4 minutes de lecture - La Promesse de l'Aube

Analyse de La Promesse de l'Aube

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La promesse de l’aube est un roman autobiographique de Romain Gary dont le sujet central est celui qui rapporte toute l’ambigüité dans les sentiments très forts d’une mère pour son enfant. Il a été écrit en 1960 et retrace dans les trois grandes parties du livre son enfance, son exil à Nice et les années de guerre où il est séparé de sa maman.

Le lien entre une mère et son fils

Ce roman retrace avant tout le lien filial entre sa mère et lui. Celle-ci décède vingt ans auparavant, il dit écrire ce livre comme un hommage à celle qui lui manque et qui a bouleversé sa vie en disparaissant. Pourtant, pour le lecteur ce livre apparait comme une autobiographie à travers divers éléments qui viennent étayer cette thèse.

Le thème central du roman reste bien évidemment l’amour maternel entre une mère et son fils. La mère de l’écrivain est le personnage principal du livre. Il y est décrit principalement les sentiments très forts qui les unissaient ainsi que l’ambition que celle-ci nourrissait à l’égard de ce fils. C’est certainement d’ailleurs ce regard positif qui l’a aidé à avoir une carrière que lui-même ne semblait pas envisager. Cela s’est concrétisé par une carrière diplomatique et militaire remplie de succès. Il est aussi le seul écrivain à avoir reçu le prix Goncourt deux fois (une fois sous son vrai nom et une fois avec son pseudonyme Émile Ajar). Elle ne cessera de lui répéter en effet qu’il deviendra un grand homme : « Tu seras un héros, tu seras général…ambassadeur de France ».

Cette ambition qu’elle ne cessait de reporter sur l’enfant qu’était l’auteur était certainement due au fait qu’elle avait mis beaucoup d’espoir dans sa carrière d’actrice juive et qu’elle fut contrainte d’abandonner, car elle s’est exilée. On peut dès lors supposer qu’elle croit en son enfant comme elle a cru à son propre destin. Cet amour très fort et exclusif se révéla pourtant constructeur. C’est la toile de fond de ce roman. Malgré cela on sent parfaitement que l’auteur éprouve des sentiments qui sont souvent contrastés, voire même parfois ambigus.

Ils oscillent entre la gratitude pour cette mère qui a su l’aider à se hisser et la rancune voire même parfois une certaine gêne. Le narrateur, Romain Gary devenu adulte, nous décrit ces ressentis avec un regard nostalgique et rétrospectif. C’est un récit qui à ce titre est très émouvant, ce qui en fait l’un des plus beaux livres écrit sur l’amour d’une mère et le lien qui l’unit à son fils. On ressent parfaitement aussi la quête d’identité qui anime l’écrivain en permanence et qui peut s’expliquer par le fait qu’il n’a jamais connu son père. En effet, il a eu une enfance durant laquelle il n’a quasiment jamais connu son père dont d’ailleurs l’identité est encore mal établie.

La solitude et la difficulté de vivre

De ce fait, il est plus facile de comprendre la nature du lien mère/fils dans cette autobiographie qui pourrait être qualifiée d’autobiographie des sentiments. En effet, Romain Gary ne raconte pas sa vie dans ce livre. Elle n’est abordée qu’en filigrane, mais ce n’est pas le sujet du livre et cela apparait tout de suite très clairement. La promesse dont il parle dès le titre du livre est double.

Il connait dès son plus jeune âge la saveur de cet immense amour inconditionnel qu’il ne parviendra d’ailleurs jamais à retrouver dans sa vie d’homme : « Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. » En effet, il ne rencontrera jamais une femme capable de lui offrir un sentiment aussi puissant et aussi passionné. La deuxième promesse tient au fait qu’il doit être à la hauteur des attentes, de l’espoir qu’avait mis sa mère en lui. C’est pourquoi il mettra toute son énergie à devenir le grand homme qu’elle souhaitait qu’il fut, écrivain reconnu et célèbre.

Il deviendra avant consul général de France et plus tardivement écrivain, mais sa mère n’était plus là pour s’en réjouir. On est donc directement plongé dans un aspect de l’enfance qui est la réalisation d’un destin porté par des rêves d’enfance, même si concernant Romain Gary, il s’agit plutôt du rêve nourri par sa mère. C’est aussi un livre sur la solitude l’homme quand il fait face à son destin ainsi que sur la lutte pour un monde plus juste et meilleur. Il insiste également sur les valeurs qui lui semblent fondamentales : « J’ai voulu disputer, aux dieux absurdes et ivres de leur puissance, la possession du monde, et rendre la terre à ceux qui l’habitent de leur courage et de leur amour. »

Il essaye également de communiquer à ses lecteurs son enthousiasme immense pour la vie, ce qui revêt une profondeur toute particulière lorsque l’on sait qu’il se suicidera peu de temps après la parution définitive du livre. A la fin du roman, l’homme est en perpétuelle recherche d’une dignité perdue, il réduit la mort au manque d’imagination ou de talent. C’est peut-être ce qu’il cherche à prouver quand il se donne la mort.