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3 minutes de lecture - Dom Juan

Analyse de Dom Juan

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A sa sortie, l’oeuvre de Molière, “Dom Juan”, a profondément marqué les mœurs. En effet, alors que la règle des trois unités était encore de rigueur, l'écrivain semble vouloir rompre avec cette tradition. Molière choisit donc d’adopter une forme hybride pour sa pièce.

Tout d’abord, il faut savoir que le personnage de Don Juan s’inspire d’un mythe très connu pour l'époque. Il n’est pas créé de toute pièce par l’auteur. “Dom Juan” est en quelque sorte une réécriture, mise en forme pour la littérature.

En outre, la pièce de théâtre ne respecte aucune convention théâtrale contemporaine à Molière. Comme dit précédemment, la règle des unités n’est pas respectée : les lieux changent sans cesse, l’action se déroule en plusieurs jours… La vraisemblance est bannie (notamment avec le personnage du Commandeur). Quant à la bienséance, elle n’a plus aucunement lieu dans la mesure où les meurtres se jouent sur scène.

Par ailleurs, Molière décide de mélanger les genres. Un style littéraire qui n'était absolument pas permis à l'époque. On trouve dans cette pièce aussi bien le genre tragique avec le personnage de Dom Louis ou d’Elvire. A cause des actes du protagoniste, Done Elivre doit subir un destin tragique. Mais, elle s’y soumet avec bienveillance et s’en remet sans cesse à Dieu. Une certaine notion de fatalisme se retrouve dans ses paroles. Ce tragique se voit aussi dans les réflexions philosophiques qui traversent l’oeuvre : l’existence de Dieu, le rapport à la science… On trouve également le genre comique avec les personnages de Sganarelle et même Don Juan. Les répliques de Don Juan sont ironiques, piquantes et invitent fortement le spectateur à rire des scènes jouées. On trouve même le registre de l’héroïcomique lorsque Sganarelle ouvre la pièce de théâtre et fait l'éloge du tabac au travers d’un thème plus sérieux.

La farce est omniprésente et rythme la quasi-totalité des scènes. Sganarelle en est une fois de plus le personnage le plus révélateur. Ses discours, pourtant très sérieux, prêtent à confusion et sont rarement pris au sérieux aussi bien par Don Juan que pour le spectateur lui-même.

Il y a donc un décalage assez important entre les thèmes sérieux de la pièce et les paroles prononcées. La parole est sans cesse mis à distanciation. Ainsi, lorsque Sganarelle et Don Juan débattent de thèmes philosophiques, ils sont toujours interrompus par des personnages extérieurs et sont contraints et forcés de mettre un terme au dialogue. Cela n’est pas anodin. Cependant, la scène semble donner raison à Sganarelle dans la mesure où Don Juan trouve la mort au dernier acte. La mort elle-même du protagoniste devient ridicule à cause de Sganarelle qui était pourtant son plus fidèle compagnon. En effet, au lieu de pleurer son maître, le valet se contente de réclamer ses gages.

Enfin, ce qui détache particulièrement “Dom Juan” des autres pièces de l'époque sont les touches de fantastiques parsemées dans toute l’oeuvre. Ce dernier apparaît à partir de l’acte III grâce au hochement de tête de la statue du Commandeur. Il se poursuivra à travers la figure du spectre mais aussi à travers le feu invisible qui brûle Don Juan. Ce fantastique n’est pas là au hasard et toute une conception métaphorique peut se trouver derrière : la statue du Commandeur, par exemple, est là pour accomplir la volonté de Dieu.

“Dom Juan” a donc marqué l’histoire littéraire de par son hybridité. Aujourd’hui encore, la pièce étonne. Elle est une source étonnante de savoir grâce à ses multiples thèmes philosophiques et ses multiples registres. L’hybridité de la pièce fait de “Dom Juan” une pièce mythique. La réécriture de Molière semble avoir dépassé le véritable mythe.