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4 minutes de lecture - Claude Gueux

Analyse de Claude Gueux de Hugo

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Claude Gueux est écrit en 1834 par Victor Hugo. C’est une longue nouvelle ou un court roman, d’une quarantaine de pages. Ce texte a été publié d’abord dans la Revue de Paris puis il a été diffusé à l’Assemblée Nationale. Cette fiction est inventée, suite à la lecture d’un fait divers relaté par la Gazette des Tribunaux. Victor Hugo est alors au début de sa carrière, il a 32 ans. Dans ce texte, on retrouve des thèmes récurrents dans son œuvre littéraire et dans ses discours politiques : la misère du peuple et son manque d’éducation, contre lesquels Victor Hugo veut lutter. On y voit aussi l’implacabilité de la justice et la condamnation de la peine de mort. C’est le deuxième texte de l’auteur contre la peine de mort, après Les Derniers jours d’un condamné, qui est paru en 1832.

Le héros de Victor Hugo, Claude Gueux, est un ouvrier de 36 ans. Il est emprisonné pour cinq ans à la prison de Clairvaux parce qu’il a volé du pain dans le but de nourrir sa famille. Au chômage, il ne pouvait subvenir aux besoins de sa femme et de son enfant. Il tente de rester digne, dans sa prison. On retrouve là le même motif que dans Les Misérables : Jean Valjean a été envoyé au bagne pour avoir volé du pain pour sa famille. Dans les deux cas, la misère seule a poussé ces deux hommes, honnêtes avant cela, à commettre un délit mineur. Ce sont deux hommes courageux, qu’une vie trop dure a broyés. La misère est soulignée ici jusque dans le nom du personnage principal : il s’appelle « Gueux », c’est-à-dire pauvre, misérable. Victor Hugo met en avant un thème qui est cher à son cœur de socialiste : la dénonciation de la misère sociale du plus grand nombre. Selon lui, c’est la misère qui pousse le peuple au crime. Le remède contre le crime n’est donc pas pour lui la condamnation de ces misérables, mais c’est plutôt leur éducation, leur mise à l’abri du besoin.

Victor Hugo souligne également la violence de l’appareil carcéral et la dureté de ceux qui dirigent cet appareil. M. D., qui n’est nommé que par cette initiale, comme pour marquer davantage son côté inhumain, persécute Claude Gueux. Il profite de sa position de force. C’est un homme corrompu. Il incarne ici le mal. Il hait Claude Gueux, car celui-ci, par son comportement pondéré, est populaire parmi les autres détenus. C’est grâce à lui qu’il n’y a pas de révolte dans la prison. Au lieu de lui en être reconnaissant, M. D. en est jaloux. il veut se venger de l’aura dont son prisonnier jouit.

Claude Gueux est maltraité par l’ensemble du personnel de la prison, alors que les autres prisonniers l’adulent. Il ne parvient pas à se rassasier avec la faible portion de nourriture qu’on lui octroie. Claude Gueux se fait un ami dans la personne d’Albin, un jeune prisonnier qui le protège et s’assure qu’il est suffisamment nourri. Albin est en quelque sorte l’ange blanc qui intervient en faveur de Claude Gueux. Son prénom et son comportement marquent son innocence et sa candeur. Cependant, M. D. s’acharne contre le prisonnier. Il enlève cette compagnie à Claude Gueux. Il sépare les deux prisonniers sans donner d’explication. Il refuse de se justifier malgré les questions de Claude Gueux. Les deux hommes protestent contre cette décision, ils posent des ultimatums au directeur des ateliers. M. D. refuse de céder. Ce refus pousse Claude Gueux à le tuer. Fidèle à son rôle de mentor, il explique sa décision aux autre prisonniers. Il passe à l’acte et tente de se suicider ensuite, mais il survit à son geste. Pour cet assassinat, il est condamné à la peine de mort.

Ce texte pose la question de la culpabilité. Qui est responsable ? Est-ce Claude Gueux ? Aurait-il pu agir autrement ? Est-ce M. D., dont le comportement abusif a provoqué le geste de violence ? Est-ce la société elle-même ?

Victor Hugo fait là un plaidoyer vibrant contre la peine de mort. Il présente le condamné comme un honnête homme injustement poussé à bout par un personnage mauvais. Claude Gueux a été condamné à mort pour avoir tué. Est-ce appliquer la justice que de reproduire sur le condamné le geste pour lequel la société veut le punir ?