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4 minutes de lecture - Zazie dans le métro

Le langage dans l’ouvrage « Zazie dans le métro » de Raymond Queneau

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« Zazie dans le métro » est une œuvre de Raymond Queneau, publiée en 1959. Cet écrivain français décrit à travers ses différents romans la vie parisienne. Vie qu’il connut puisque, vinrent poursuivre ses études littéraires dans la capitale française. L’ouvrage « Zazie dans le métro » raconte l’histoire d’un jeune enfant déluré d’une dizaine d’années, qui arpente les rues de Paris pour découvrir le célèbre métro parisien. Cette fillette raconte ses aventures tumultueuses avec des mots enfantins comme le mot d’ouverture « Doukipudonktan » qui se traduit en français par « d’où qu’ils puent donc tant ? ». Il est donc intéressant de se demander en quoi cette œuvre est singulière par son langage.

Queneau et les jeux de langage

Queneau a le don de jouer avec le langage fantaisiste et inventif. Il invente ses propres mots en se basant sur la sonorité. À la page 121 de l’ouvrage, on lit par exemple «kouavouar ?» pour poser la question « Quoi voir ? ». Il s’amuse avec la langue française, l’ironise et prends plaisir à faire d’étonnants écarts de langue. Par ces jeux de mots, la situation en devient comique et risible. Le ton est d’ailleurs donné dès le début de l’ouvrage. Bien que parfois difficile à comprendre, les mots inventés par Queneau sont le fruit d’une véritable recherche sur le parler de Molière et l’évolution du langage. Il se refuse à utiliser la tradition et les règles de la langue française et préfère écrire comme il parle. D’où des jeux de mots comme «aboujpludutou», «coudocors » ou encore «lagoçamilébou». Queneau devient le protagoniste d’une troisième langue française : le néo-français. Il déclare la guerre aux règles imposées par l’écriture.

Queneau s’amuse sans limites dans Zazie dans le métro

Outre les jeux de mots à répétition, Queneau accentue et se donne le droit d’effectuer volontairement une série de fautes d’orthographe et/ou grammaticales. Les mots utilisant la double consonne, par exemple, non pas lieu d’exister, car cette double présence ne modifie en rien la compréhension du mot. Queneau va donc exagérer sur ces lettres inutiles comme le verbe « barrer » qui devient « barer ». Il poursuit sa fantaisie en jouant sur les styles, les ruptures constantes de mot et sur les parodies. Queneau parodie, par exemple, les noms des grands créateurs de parfum « Barbouze de chez Fior ». Il oublie volontairement les « e » en fin de mots ou les « a ». Dans certaines situations, il les accentue. Par exemple : «meussieu» au lieu de « monsieur ». Il va jusqu’à en oublier le « ne » de la négation ou encore utiliser des formes de constructions de phrases incorrectes comme « nous rentrer chez nous ».

Queneau emprunte des mots de la langue étrangère

Queneau va plus loin encore dans l’exagération de l’ironisation de la langue française en puisant dans les langues étrangères. Il n’est pas rare de lire des mots de la langue de Shakespeare, en Allemand, en Italien, en Espagnol ou encore en latin. À titre d’exemple, on peut citer « Schnell, Schnell » qui se traduit par « Vite, vite » ou encore «adios amigos» pour dire «adieu, les amis» ou des mots anglais comme «policeman» pour désigner les policiers. Cet emploi volontaire de mots étrangers permet de montrer que les différentes langues peuvent s’associer.

Queneau utilise un langage familier et l’argot

Tout au long de l’ouvrage, Queneau prend la liberté d’utiliser des mots familiers. En utilisant ce langage, Queneau donne l’impression de faire parler ses personnages. Rares sont les enfants qui utilisent le langage soutenu. On lit, par exemple, des expressions du style « se la couler douce » qui signifie « ne rien faire ». Les grossièretés font également partie de l’ouvrage ; « idiot », « imbécile », « con » ou encore « braves gens avec des têtes de cons ». Tous ces mots familiers, issus de l’argot pour certains renforcent la crédibilité de l’histoire.

Résumé de l’analyse

Au final, bien que les aventures de Zazie amusent, Queneau a voulu au travers de son ouvrage faire connaître aux lecteurs une autre façon de jouer avec les mots de la langue française en prônant le néo-français. Ce langage est comique et s’appuie sur des calembours, des plaisanteries et des jeux de mots. Il dira lui-même que son langage propre n’a pas obtenu la reconnaissance souhaitée à cause des médias qui canonisent le modèle de la langue de Molière. Que Queneau se rassure son message a bien été passé. En effet, si pour l’époque le langage employé dans ce roman pouvait sembler invraisemblable et choquant, il en est plus de même à l’heure actuelle. D’ailleurs, le type de mots employés par la fillette et qui joue sur la sonorité des sons comme « Skeutadittaleur », qui signifie « ce que tu as dit tout à l’heure » est utilisé pour le langage SMS. Queneau avait-il eu une vision du devenir de la langue française ?