Le petit lecteur

4 minutes de lecture - La Cantatrice chauve

La parodie et la dérision dans La Cantatrice chauve

⚠️ Acheter le livre sur Amazon (lien affilié) : La Cantatrice chauve ⚠️

Analyse de La Cantatrice chauve

Dans la Cantatrice chauve, son auteur Ionesco caricature et tourne en dérision la bourgeoisie anglaise, la middle-class. Pour écrire cette pièce de théâtre, il s’est inspiré d’une célèbre méthode d’apprentissage linguistique: la méthode Assimil. Avec cette méthode, on apprend à parler anglais, d’une manière unique au monde. Son principe est l’assimilation intuitive. Dans ce livre d’apprentissage, chaque leçon met en scène des anglais typiques. Ils ont un dialogue basique avec des phrases brèves et plates. Leurs structures grammaticales sont simples ou caractéristiques. Ionesco a essayé d’apprendre l’anglais via cette méthode. Les phrases d’Assimil, l’ont inspirés après les avoir lu et relu. Il s’aperçut du grand nombre de clichés que véhiculent ces manuels. Pour Ionesco, ce fut une illumination. La teneur des dialogues, sobres mais sans rapport les uns par rapport aux autres, montre l’absurdité de cette apprentissage mécanique. A travers sa pièce, il essaye de faire prendre conscience à ses contemporains, de vérités essentielles à travers des divers clichés. Il montre que communiquer des banalités est une manière de ne pas communiquer, de ne pas se se dire les choses. Il a repris pour les besoins de sa pièce, les mêmes personnages (sauf le pompier) et les mêmes clichés que ceux présents dans la méthode Assimil. Ils les réutilisent systématiquement.

A travers sa pièce, l’auteur en profite pour transmettre de nombreux messages et critiques. Ainsi, les personnages sont incapables de se dire des vérités et à avoir un dialogue vrai et profond. Tout n’est que politesse, le discours est policé et attendu. Ionesco juge très durement les personnes appartenant à la bourgeoisie. Dans un extrait par exemple, il s’amuse de la similitude des noms. Ils portent tous les mêmes noms parce-qu’ils se ressemblent dans leur manière d’être. Ils sont tous en quelques sortes des Bobby Watson ou des Smith. Il est intéressant pour éclairer notre analyse, qu’Eugène Ionesco portait le même nom que son père. Ionesco avait d’ailleurs des relations difficiles avec lui . C'était un moyen à l'époque de marquer la filiation et son appartenance à une grande famille. Ce détail dans la pièce n’est pas anodin. L’absurde est le coeur de la pièce, puisqu’il n’y a ni logique, ni intrigue. Ionesco utilise quatre sortes d’outils théâtrales dans sa pièce pour leur donner un aspect ridicule et grotesque. Il utilise à foison la répétition, les clichés, les coïncidences et la contradiction. Le monde de l'étrange, du bizarre, de l’inexplicable est roi dans le théâtre de Ionesco.

Le non sens total du langage

Une analyse des procédés de langage utilisés par Ionesco est intéressante car elle permet de mettre en évidence, les intentions à la fois ludiques et comiques de l’auteur. Mais également on peut mettre en lumières les intentions plus profondes de Ionesco. Ainsi la thématique de l’angoisse est omniprésente dans un monde où règne le non-sens et les non-dits.

Quelles sont les dialogues des personnages principaux ? Des banalités, des lieux communs et des politesses. Rien, ou pas grand chose, en faite. Le langage dans la pièce est vide, plat. Il n’y a aucun degré de compréhension dans la communication. Il y a de nombreux stéréotypes langagiers comme exemple lors les échanges sur le coût de la vie et de la nourriture dans la scène 7.

Il y a une mécanique du langage. A la fin de la pièce, le langage se perd et se meurt. C’est ici que le non-sens total s’exprime le mieux. Les procédés utilisés pour parvenir à une absence de parole sont variés :

  • les onomatopées:“Ah!” “Oh!”

  • des dialogues qui se termine par un mot qui rime, mais pas cohérent avec les propos tenus: « Le yaourt est excellent pour l’estomac, les reins, l’appendicite et l’apothéose » (scène 1)

  • des néologismes et des mots détournés : « cacades », « glouglouteur »

  • des enchaînements rythmiques : « Bazar, Balzac, Bazaine »

D’autres procédés brisent toutes logique ou propos cohérents comme des analogies niaises, qui ridiculisent la conversation et le bon sens.

La contradiction est un autre ressort dans la Cantatrice Chauve, ainsi la femme de Bobby Watson est à la fois grosse et maigre, belle et laide. Des propositions sont contradictoires, elles s’excluent elles mêmes l’une l’autre.

Tous ces procédés ont un effet comique et étrange. Les lieux communs ruinent la conversation et le non-sens l’emporte. Derrière le comique, la pièce cache un discours étriqué, fermé emprunt de mutisme, d’angoisse et d’absurdité.