Le petit lecteur

3 minutes de lecture - René

Analyse de René

⚠️ Acheter le livre sur Amazon (lien affilié) : René ⚠️

Ce texte est un des plus énigmatiques de Chateaubriand. C’est en 1802 que ce texte est publié pour la première fois dans le Génie du Christianisme. Ce texte transpire la mélancolie. Chateaubriand l’a composé alors qu’il était en exil. L’Angleterre fut pour lui une terre inhospitalière où l’ennui a étreint le narrateur. Chateaubriand est persuadé que les Francs-Maçons se trouvent derrière les idées des Révolutionnaires. Pour lui, les idées des Lumières font référence à la lumière luciférienne. L’écrivain a l’impression que la religion chrétienne, et plus précisément catholique est en danger. Cette œuvre est en fait un paradigme qui illustre les dangers de céder aux passions ou pire à l’absence de passions.

Chateaubriand est considéré comme un des précurseurs du mouvement romantique. René et Atala sont deux œuvres liées. D’ailleurs, on comprend mieux l’une en lisant l’autre. Le héros se réfugie dans les livres. Sa seule expérience de la vie est littéraire. Les passions amoureuses rendent les hommes faibles et hésitants. C’est pour cela que les anciens séparaient les sexes. Ainsi, ils gardaient de l’énergie disponible pour vaquer à leurs activités. Chateaubriand s’est servi de sa propre enfance pour créer celle de René. La solitude qui caractérise René est inspirée de celle qu’a réellement vécue Chateaubriand. Ce roman est pourtant une pure œuvre de fiction.

Un des thèmes principaux est bien évidemment la solitude. René ne se supporte plus. Son comportement frôle la misanthropie. Sa solitude devient de plus en plus difficile à supporter, il décide de parcourir le monde pour oublier sa solitude. Il sait que quelque chose lui manque mais il ne sait pas vraiment identifier ce mal mystérieux dont il souffre. La sœur de René, la douce Amélie est la seule qui arrive à communiquer avec le jeune homme. Ce n’est pas un amour sororal serein qui règne entre les deux. Le voyage est un peu une métaphore du vide existentiel qui étreint René. L’Europe est son terrain de jeu. La Belgique, la Grèce et même la France sont les points de chute de René. La religion est aussi un des thèmes majeurs du récit. C’est Amélie qui est attirée irrémédiablement par la religion au grand désespoir de René. Amélie voit la religion comme un moyen d’élever son âme et d’accéder à une vie plus sereine. Elle voudrait que René soit aussi inspiré qu’elle. Ce n’est pas vraiment le cas. Amélie décide de passer sa vie au couvent pour se repentir de l’amour incestueux qu’elle éprouve envers René. Elle finira par se dévouer toute entière à la vie de religieuse. Sa mort prend sens car elle a donné sa vie pour soigner ses compagnes.

Le thème de la colonisation est aussi abordé de façon succincte. Même retiré dans la tribu des Natchez, René est toujours en proie à des émotions contradictoires dont la violence le submerge. René fait preuve d’une instabilité qui est très difficile à comprendre et pour lui et pour sa sœur Amélie. Souvent le jeune homme manque de logique et s’isole inutilement. On peut se demander s’il n’est pas en train de perdre la raison. On finit par se demander s’il ne souffre pas de neurasthénie. Son calme apparent n’est que de surface. L’intérieur de René est trouble et plein de tourments. Il pense au suicide, à des idées noires et ne semble pas pouvoir sortir de cet état d’esprit négatif. Les idées morbides le poursuivent où qu’il aille comme une malédiction. René ne se connaît pas. Son identité est fractionnée, l’inceste le ronge puis le dévore. L’éloignement puis la disparition d’Amélie n’y font rien.

Dans ce récit, l’épopée n’est pas seulement romanesque, elle est aussi spirituelle.