Le petit lecteur


8 minutes de lecture - Lettres Persanes

Résumé des Lettres Persanes de Montesquieu

Paru en 1721, « Lettres Persanes » est un roman de Montesquieu qui s’inscrit dans le courant des Lumières. Il s’agit d’une œuvre épistolaire – donc écrite sous la forme de lettres – qui conte les aventures et les échanges entre deux amis persans, Usbek et Rica, avec leur lointain entourage. Ces deux personnages voyagent à Paris, dans la première moitié du 18ème siècle (de 1712 à 1720) et y découvrent les mœurs de ses habitants.

Leur regard étranger permet à l’auteur de porter une vision contradictoire sur la monarchie absolue de Louis XIV, sur le clergé, sur le corps des magistrats et les lois, sur les courtisans, entre autres. En somme, c’est une critique acerbe des institutions que dépeint Montesquieu dans ces Lettres Persanes.

Résumé des Lettres Persanes, un voyage en Europe

Deux personnalités très différentes dans le livre de Montesquieu

Si l’on veut faire un résumé de Lettres Persanes, il faut évoquer ses deux protagonistes principaux. Usbek, un grand seigneur persan, quitte sa ville natale d’Ispahan en Perse – l’actuelle Iran – avec son ami Rica, pour voyager à Paris afin d’y découvrir la manière de vivre à l’occidentale. Ce faisant, il laisse derrière lui un sérail de cinq épouses, qu’il confie à la surveillance de plusieurs eunuques.

Ce voyage en France est motivé (i) par l’atmosphère pesante qui le menace, car il s’est taillé de solides inimitiés dans sa cour corrompue, et (ii) par le désir de découvrir les mœurs européennes.

Les deux amis sont à la fois différents et complémentaires. La personnalité d’Usbek en fait un seigneur attaché à son pays, à l’intelligence fine mais à la personnalité désabusée et machiste. Rica est lui bien plus jeune, il est jovial et enthousiaste : célibataire, il entreprend ce périple en France pour découvrir les salons parisiens, leur art de vivre et la féminité à la française.

Découvrir l’Occident

En quittant leur Perse, les deux compagnons voyagent en Europe, et leur périple les emmène en Turquie puis en Italie, avant Paris. Leur récit est conté aux lecteurs par des lettres d’Usbek à ses compatriotes d’Ispahan, et par des missives entre Usbek et Rica, une fois séparés. Beaux esprits sans préjugés, ils contemplent en observateurs avisés la société française : son système politique, ses rapports entre les individus, sa pratique religieuse.

Leur regard naïf et curieux en souligne les travers et les absurdités, jusqu’à remettre en cause le fondement même de la société. La plupart des grands sujets est abordée : l’homme et la morale, l’économie et l’argent, la politique et la religion… Ces « Lettres Persanes » sur la société parisienne s’inscrivent dans le contexte de l’époque, c’est-à-dire la fin du règne de Louis XIV (1715), puis la régence. Un résumé de Lettres Persanes est proposé ci-après par un découpage chronologique.

Lettres 1 à 10 : contextualiser le voyage

Ces dix premières Lettres Persanes permettent de replacer le voyage des deux amis dans son contexte. Le lecteur y apprend les dates et les lieux de l’itinéraire des deux voyageurs. La personnalité d’Usbek et Rica est dépeinte. On découvre qu’Usbek possède un harem avec cinq femmes, et sa misogynie transparaît à l’évocation de la vie du sérail, dont les personnages – femmes et eunuques – sont nommés, et les rapports entre eux évoqués.

Le lecteur saisit l’une des raisons qui ont amené Usbek à quitter la Perse… le complot qui se forge contre lui. Ces dix premières lettres abordent également le drame qui couve, et qui finira par transformer le roman initiatique en tragédie.

Lettres 11 à 14 : l’histoire des Troglodytes

Un résumé de Lettres Persanes ne peut faire l’économie de la société des Troglodytes. Il s’agit en fait d’un apologue : une fable avec une valeur morale. Usbek raconte à son ami Mirza l’histoire des Troglodytes, une société imaginaire dont la chute est induite par l’égoïsme de ses membres, qui mène à la discorde. Deux de ses familles subsistent grâce à leur générosité.

Il s’agit d’une allégorie de la vertu et de la justice, à travers l’opposition entre deux points de vue : les individus guidés par leur passion et les individus mus par la vertu. Les premiers sont amenés à péricliter, et les seconds à prospérer. Usbek dépeint à travers cet apologue un modèle de société idéale.

Lettres 15 à 23 : le voyage jusqu’à Paris

Le lecteur découvre l’ambivalence de la personnalité d’Usbek : à la fois curieux de découvrir le monde et ses nouveautés, de parler philosophie et politique… ce qui contraste avec le seigneur autoritaire et misogyne qu’il est à Ispahan. Ce personnage de Montesquieu héberge un visage ouvert, presque progressiste à l’évocation du voyage, et une face conservatrice – surannée – dans son sérail lorsqu’il est entouré de ses épouses.

Usbek n’hésite pas à menacer à distance un eunuque de représailles pour avoir été vue avec l’une de ses femmes. En Europe, les femmes jouissent d’une grande liberté, illustrant une différence majeure entre Orient et Occident.

Lettres 24 à 46 : le contraste des cultures

Où l’on parcourt les différences entre les conceptions occidentale et orientale du Monde, mais également le contraste entre les sensibilités d’Usbek et de Rica vis-à-vis de la vie à Paris. Autant Usbek confirme sa stature de tyran phallocrate et jaloux, qui se satisfait d’une ségrégation entre maître et valets… autant Rica découvre avec un certain enthousiasme Paris, ses habitants et ses curiosités.

Il n’hésite pas à poser un regard critique sur la société française, sa hiérarchisation et ses trois ordres. La religion est une thématique très présente dans les Lettres Persanes, abordée sous différents aspects.

Lettres 47 à 68 : la vie occidentale… et ses paradoxes

Il s’agit là d’un état des lieux des mœurs de l’Occident, où les hommes et les femmes jouissent d’une grande liberté, mais n’hésitent pas à mentir pour servir leurs intérêts. Montesquieu souligne ici que l’apparence est primordiale dans les rapports sociaux à Paris et les êtres sont dépeints comme inconstants, vaniteux et immoraux.

L’orage gronde dans le harem d’Usbek… le résumé de Lettres Persanes montre que le lecteur sera à nouveau confronté à ce lieu, qui agrège les contradictions du discours d’Usbek.

Lettres 69 à 91 : une histoire de religions

A nouveau la religion – islam et chrétienté – habillent l’atmosphère de ses lettres, dans lesquelles Usbek trouve que les chrétiens instrumentalisent leur croyance à leur profit, faisant en sorte d’avoir systématiquement raison.

La diversité religieuse est selon lui un avantage dans une société. Rica moque la supériorité, l’hypocrisie et l’arrogance des Français, qui s’affirment dans leurs rapports à l’étranger. La religion est véritablement un point cardinal des Lettres Persanes.

Lettres 92 à 111 : la mort du Roi

Ces lettres s’inscrivent dans le contexte de la Régence, à la mort de Louis XIV. Ce qui fait disserter Usbek sur le meilleur des régimes, au moment de l’affaiblissement du modèle de la monarchie absolue… La royauté anglaise, constitutionnelle et moins absolutiste que la française, semble trouver grâce à ses yeux. Ce faisant, Usbek oublie qu’il dirige lui-même son sérail d’une main de fer.

La faiblesse des pouvoirs humains ne pourrait-elle trouver une voie de progrès grâce aux lois immuables de de la Nature ?

Lettres 112 à 132 : la décroissance des peuples

Un constat va abondamment nourrir le débat de ces lettres persanes : la dépopulation humaine. Ses causes sont âprement débattues par les protagonistes. Usbek propose des hypothèses pour en rendre compte : les maladies contagieuses, l’avortement, le célibat des prêtres, l’interdiction du divorce, les grandes conquêtes, l’esclavage, la pauvreté…

Lettres 133 à 146 : les réflexions de Rica sur la nature humaine

La fréquentation des bibliothèques par Rica lui permet de faire état de sa réflexion à travers les rencontres qu’il y a faites. Il fait l’éloge de la modestie et de l’humilité, notamment à travers l’exemple de la reine Christine, qui abdiqua son trône une soixantaine d’année auparavant pour se consacrer aux sciences philosophiques.

La reine de Suède a fait de même en se désistant de la régence par amour pour son époux. Et les médecins sont critiqués pour avoir systématiquement recours à des médicaments pour soigner des maladies, qui ne sont parfois que des blessures de l’âme.

Lettres 147 à 161 : la fin tragique dans le harem

La situation à Ispahan inquiète Usbek. Les conflits dans le sérail s’intensifient entre les femmes et les eunuques. Usbek, rattrapé par sa nature autoritaire, tente d’y mettre de l’ordre à distance par la menace et la contrainte. Il donne des pouvoirs à plusieurs eunuques, successivement. Les conditions de vie des femmes dans le harem se détériorent.

Une révolte éclate, aboutissant au décès d’eunuques et de femmes d’Usbek. Roxanne, la préférée d’Usbek, lui annonce qu’elle se donne la mort, dans une ultime lettre où elle reconnaît avoir aimé un autre homme. Les Lettres Persanes se terminent donc tragiquement.

Montesquieu a démarré ce roman épistolaire dans une atmosphère légère et le conclut gravement par la mort dans le harem. Ce résumé de Lettres Persanes invite à réfléchir sur les sociétés humaines, leur organisation et leurs croyances.