Le petit lecteur

3 minutes de lecture - Les mots

Analyse de la description du jardin d'enfants

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La description de ce lieu est primordiale dans l’oeuvre de Jean-Paul Sartre. En effet, ce souvenir d’enfance semble tenir à coeur à l’auteur. Tout d’abord, nous pouvons remarquer une certaine distanciation entre le souvenir raconté et le temps de la narration. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit là d’un événement passé. Comme tout événement passé, l’auteur a eu le temps de prendre du recul et d’analyser son comportement. Pourtant, Jean-Paul Sartre va tout faire pour nous donner l’impression que la scène se déroule sous nos yeux. Ainsi, il utilise le temps de l’imparfait. Ce temps n’est non pas choisi pour marquer l’antériorité de l'événement mais il est mis au service de la narration.

Qui plus est, l’auteur glisse de nombreux détails sur le lieu, le temps ou autres… Tout cela concorde à procurer au lecteur un effet de réalisme.

Très vite, le lecteur se rend compte que le jeune Jean-Paul se sent mis à l'écart des autres enfants. Il est davantage passif de la scène qu’acteur. Le pronom personnel “je” s’oppose aux expressions indéfinies et au pluriel comme “les enfants”. Le jeune garçon se sent seul, isolé de tous et incompris. Il se distingue donc de la masse enfantine qui court autour de lui.

Ce qui est frappant dans cette description, c’est que Jean-Paul Sartre, même enfant, a conscience d'être mis à l'écart et de ne pas être comme les autres enfants. De ce fait, il déclare que le rôle de mort qu’il joue est réel puisque ce n’est qu’un jeu que pour lui et non pour les autres.

Sa mère refuse cette réalité et le pousse sans cesse à se confronter aux autres enfants. Cette attitude semble attrister l’auteur. Elle fait tout pour que son fils soit accepté par les autres. La mère du jeune Jean-Paul Sartre se montre naïve et nie l'évidence : elle refuse de voir que son fils est différent des autres.

Seule la littérature apaise l’enfant. C’est pour lui un véritable moyen d'échapper à la réalité. Le jeune garçon s’enferme ainsi dans une bulle sécurisante. C’est le seul endroit où il se sent bien. Grâce aux livres, il s’invente un nouveau monde qui ne le rejette pas. Qui plus est, il peut se rendre victorieux alors que le réel lui fait connaître une succession d'échecs.

La seule personne avec qui le jeune Sartre semble avoir un lien réel est sa mère. Il ne cesse de la valoriser et d’en faire l'éloge. Cependant, il s’agit là d’un lien quelque paradoxal. En effet, ce dernier ne semble pas toujours rendre service à Jean-Paul Sartre. Sa mère croit bien faire mais elle lui inflige des supplices qui lui sont insupportables : le fait de vouloir parler aux autres mamans pour le faire accepter, par exemple.

Au temps de la narration, l’auteur porte un regard assez critique et ironique sur cet événement. Il rit de lui et des autres enfants. Ainsi, désormais, la scène lui semble bien ridicule et ses craintes d’enfants laissent place au savoir de l’adulte et à son raisonnement. Les autres enfants qu’il croyait si terribles ne sont que des lointains souvenirs. Il peut désormais rire de ses peurs et de lui-même.

A travers cet épisode, Jean-Paul Sartre apparaît comme un enfant timide, peu sûr de lui et isolé du reste du groupe. Pourtant, très vite, on aperçoit les prémices de l'éloge de la littérature et du bienfait qu’elle pouvait avoir sur lui. La littérature représente une échappatoire indéniable. Elle est bien plus sécurisante que sa propre mère qui pourtant fait tout pour le bien-être de son fils. Cependant, ce lien entre mère et fils semble quelque peu paradoxal : fragile et fort à la fois.