Le petit lecteur

3 minutes de lecture - L'écume des jours

Le jazz dans L’Écume des jours

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Le jazz est un élément très présent dans le roman, on le retrouve au début et à la fin, mêlé à des dates et à des lieux fantaisistes. Les dates ne servent qu'à accompagner les villes en ajoutant des détails pour pousser l’invention à un degré supérieur. Ces villes sont respectivement : La Nouvelle-Orléans, que l’on rencontre à la fin de l’avant-propos, Memphis, qui est le lieu présumé de l’incipit, et Davenport, le lieu de l'écriture du livre.

Elles sont citées uniquement parce que ce sont des lieux marquants qui concernent la naissance du jazz et son extension au reste du territoire américain. Celui-ci est né en effet à La Nouvelle-Orléans, le style nous vient des esclaves noirs qui exprimaient leur mal-être en chantant. Il s’est répandu en longeant le Mississippi jusqu'à la ville de Davenport, en passant par celle de Memphis. Une autre ville qui a joué un rôle pour le jazz, Chicago, n’est pas citée, mais on l'évoque tout de même avec le prénom Chick.

Le prénom du protagoniste féminin Chloé, est intimement lié à l’histoire du jazz. C’est en effet également le titre d’une chanson du grand compositeur de jazz, Duke Ellington, Boris Vian fait d’ailleurs une référence directe au titre de la chanson dans le chapitre 45. Ce compositeur est par ailleurs à l’origine du style que l’on nomme “moody”, qui se caractérise pas une mélodie lugubre et étouffante mais comportant de fortes connotations sexuelles. Or, l’histoire elle-même peut être qualifiée des mêmes termes. Le jazz, que joue Duke Ellington permet donc d’ajouter un indice musical à l’atmosphère du roman.

On peut relever quelques allusions au jazz supplémentaires dans le livre :

plusieurs noms de rue, comme “l’avenue Louis-Amstrong” dans le chapitre 1, qui fait référence à un grand nom du genre et " la rue Sidney-Bechet”, chapitre 30, un autre compositeur et musicien, ou encore “la rue Jimmy-Noone” au chapitre 42, qui était clarinettiste.

L’anglicisme “hot”, toujours dans le chapitre 1, est aussi un terme technique de jazz qui désigne un morceau enlevé qui mise beaucoup sur l’improvisation.

On peut lire “sur un rythme de boogie-woogie” dans le chapitre 6, ce rythme tire son nom des boogies des trains qui balancent beaucoup.

On retrouve aussi des références au style musical du “blues” à plusieurs reprises, Le terme vient de l’expression “Blue devils” qui signifie “dées noires” et renvoie également à la note dite “bleue” que recherchent les musiciens. Elle tire sûrement son origine d’Afrique car le mythe voudrait que pour l’obtenir, il faut vendre son âme au diable. Le musicien essaie d’imiter la complainte du chanteur.

Dans le chapitre 45, l’antiquaire propose de jouer “Misty Mornin”, qui est une chanson composée par Duke Ellington et qui pourrait se traduire par “matin brumeux”, parfaite représentation de l'état d’esprit de Colin, de même que pour le morceau “Blue Bubbles”, toujours de Duke Ellington, que l’on pourrait traduire par “bulles bleues”, qui comporte une référence au Blues et donc, une fois encore, à la mélancolie caractéristique de Colin.

Les références au jazz s’arrêtent après ce chapitre, à partir du moment où le piano-cocktail est vendu, ce qui va obliger Colin à se trouver un travail.

Le livre a été publié en 1946, autrement dit au moment de la Libération, lorsque la jeunesse parisienne laisser exprimer sa joie et son soulagement de voir le retour de la paix en faisant la fête dans les caves de Saint-Germain-des-Près où l’on jouait du jazz, musique que les soldats américains ont amené en France pendant la guerre.

C’est pourquoi Colin, obligé de passer son temps à travailler, ne peut plus sortir s’amuser avec les autres jeunes.