Le petit lecteur

4 minutes de lecture - 1984

Analyse de 1984

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‘1984’, publié en 1949, est le plus célèbre roman de George Orwell avec ‘La Ferme des Animaux’ ; ils figurent d’ailleurs tous deux dans la liste des cent meilleurs romans et nouvelles de langue anglaise de 1923 à nos jours (magazine Time).

George Orwell, profondément de gauche, écrit ‘1984’ – communément considéré comme une référence du roman d’anticipation – juste après le Seconde Guerre Mondiale. Parabole du despotisme moderne, le roman est très clairement inspiré du régime soviétique. Il emprunte au nazisme, au stalinisme et au fascisme.

Sa portée symbolique dans l’immédiate après-guerre justifie son succès et est l’enjeu d’une terrible bataille idéologique.

L’histoire, qui se situe à Londres en 1984 (d’où le titre), décrit un monde en guerre régi par trois puissances : l’Océania , l’Eurasia et l’Estasia. L’Océania – comprenant les Amériques, les îles de l’Atlantique dont les îles Anglo-Celtes, l’Océanie et l’Afrique australe – est un Etat totalitaire dirigé par Big Brother, qui est l’objet de culte de la personnalité. Omniprésent sur les affiches propagandistes et les « télécrans » – à la fois un système de télévision qui diffuse en permanence les messages de propagande du « Parti », et de vidéo-surveillance –, il n’apparaît jamais en personne et est représenté par le visage d’un homme d’environ 45 ans, moustachu dans une expression qui se veut à la fois rassurante et sévère. Son image donne l’impression à quiconque la regarde qu’il vous épie et vous suit du regard où que vous vous trouviez, d’où la maxime officielle « Big Brother is watching you » (« Le Grand Frère vous regarde ») aujourd’hui connue de tous.

Bien que très importante, la principale activité de Big Brother n’est pourtant pas de surveiller la population, mais de faire réécrire l’histoire en permanence afin qu’elle corresponde aux desseins du « Parti ». Winston Smith, 39 ans et personnage principal du roman, officie en ce sens au sein du commissariat des archives (« Commarch » en novlangue, langue du « Parti ») du Ministère de la Vérité (« Miniver » en novlangue). En revanche, son travail ne lui plaît guère, car – contrairement à la majorité de la population – il ne réussit à opérer cette amnésie collective et n’est dès lors en mesure d’adhérer à ce parti tyrannique et mensonger.

Accablé par le doute et la solitude, Winston Smith va écrire son journal intime en cachette du télécran par peur d'être traqué par la « Police de la Pensée », une redoutable organisation de répression. Comment en effet ne pas douter lorsque vous êtes constamment surveillé et matraqué de slogans despotiques tels que « la guerre c’est la paix », « la liberté c’est l ‘esclavage » ou encore « l’ignorance c’est la force » et que la délation est érigée en principe de vie ?

Lors des « Deux Minutes de la Haine », moment rituel de la journée durant lequel le peuple est obligé de regarder l’ennemi de « l’Angsoc » (socialisme anglais en novlangue), Emmanuel Goldstein, sur des écrans, Winston Smith rencontre Julia. Il croit tout d’abord qu’elle est une espionne de la « Police de la Pensée », car elle le suit à plusieurs reprises : il souhaite l'éliminer en lui écrasant le crâne avec un pavé… Il changera d’avis lorsqu’il apprendra que cette femme est en fait amoureuse de lui. Naît alors une sulfureuse histoire d’amour entre eux. Ils se retrouvent à l’abri des regards indiscrets dans une mansarde louée dans le quartier des prolétaires, l’amour et toute autre émotion positive étant interdite, car l’individu doit une obéissance fidèle et aveugle à l’Etat uniquement.

Mais cette belle et passionnée idylle – découverte par un « télécran » caché dans la chambre par le propriétaire Monsieur Charrington – se voit mise à mal par l’arrestation de Winston et Julia par la « Police de la Pensée » qui sont amenés au « Ministère de l’Amour ». Winston y sera torturé et humilié durant un long moment jusqu'à ce qu’il perde toutes ses valeurs morales et soit sincèrement enclin à adhérer à toutes les idées du « Parti », aussi contradictoires soient-elles… Le but du « Parti » étant d'éradiquer toute pensée allant à son encontre, la « rééducation » – sous la torture – de Winston se termine lorsqu’il trahit et renie Julia, la femme qu’il a pourtant profondément aimée. Libéré, Winston n’est plus qu’une épave vide de dignité et de sentiments. Un jour, il croise par hasard Julia qui l’a aussi trahi sous l’emprise des méthodes sadiques de la police. Leur amour ne peut renaître de cette déloyauté réciproque, ils décident alors de ne plus se revoir.

À la suite du succès du roman, Big Brother est devenu la représentation de l’État policier et de la perte des droits individuels de la population dans la culture populaire anglo-saxonne.